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 Gabriel ► the things we lost in the fire

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MessageSujet: Gabriel ► the things we lost in the fire   Mar 6 Aoû - 11:46

Eugène Gabriel Johnson
the things we lost in the fire, fire, fire

NOM : Eugène Gabriel "Gabe" Johnson
DATE DE LIEU DE NAISSANCE : J'ai vu le jour un 4 août du siècle précédent, en 1897 précisément, à Londres. Je suis en effet Britannique, et donc peu apprécié des Américains de pure souche. On peut aussi dire que je suis du signe du Lion, pour ceux qui croient en ces choses là.
ÂGE : J'ai 25 ans. Il n'y a pas grand chose à dire à ce sujet. Hormis qu'en général on me trouve trop jeune pour toutes les responsabilités que j’endosse. D'ailleurs, au premier coup d'oeil, on me donne moins que mon âge.
EMPLOI OU OCCUPATIONS : Depuis un an et demie, je suis devenu le propriétaire du Palace Theatre et du Please Don't Tell, un bar clandestin au coeur de Manhattan. Ils appartenaient tous deux à mon père, c'était ce qui faisait sa puissance, et fait aujourd'hui la mienne, car c'est à moi qu'il légua les deux établissements. Que je dirige d'une main de fer.
SITUATION FAMILIALE : Je viens d'une famille particulièrement nombreuse. J'ai en effet huit frères et sœurs, je vous épargne la liste des noms. Notez que je suis l'aîné de cette fratrie. Mon père décédé depuis peu, ma mère est donc seule avec les enfants qui ne sont pas encore en âge de quitter la maison.
SITUATION AMOUREUSE : Je suis le seul de mes frères et soeurs à être promis au mariage à une fille dont je ne savais rien, dont je n'avais jamais vu le visage. Je suis tombé fou amoureux dès la première rencontre d'une jeune femme qui demeura longtemps une inconnue pour moi... Aujourd'hui, je sais que c'est elle, celle a qui je suis promis. L'amour de ma vie m'avait été pré-destiné.
SIGNES PARTICULIERS : J'ai la main gauche défigurée par une grave brûlure que je suis faite quand j'avais sept ans, avec de l'eau bouillante. Cette blessure n'est vraiment pas belle à voir, me répugne, et fait remonter énormément de souvenirs. Alors, elle demeure toujours cachée dans un gant.
GROUPE : Classique
I. introduction



"A room with a view, and you, with no one to worry us, no one to hurry us to this dream we found. We'll gaze at the sky and try to guess what it's all about, then we will figure out why the world is round. We'll be as happy and contented as birds upon a tree, high above the mountains and the sea. We'll bill and we'll coo and sorrow will never come, or will it ever come to our room with a view?" Ses doigts glissent, légèrement. Blanches et noires connaissent la caresse de cette passion renfermée. La mélodie flotte dans l'air et danse avec ce qu'une cigarette produit comme fumée. Tant de fois il l'a chantée, la chanson de l'espoir, qu'il garde fermés ses yeux noirs. La concentration ne se lit pas sur son visage, seul un sourire de plaisir anime le coin de ses lèvres. Son pied sur la pédale, il enclenche un accord harmonieux, tendis que sa voix grave, suave, se mêle à nouveau à la mélodie. "We'll be as happy and contented as birds upon a tree, high above the mountains and the sea. We'll bill and we'll coo and sorrow will never come, or will it ever come to our room with a view? To our room with a view..." Il a pris l'habitude de rouler ses r comme le font les Français, comme le fait sa mère. Cela s'entend, il en joue. Il cette a délicieuse impression que cette musique lui permet tout ce qu'il ne peut faire quand il n'est pas assis face à son piano. Cette chanson semble trop courte, mais elle est parfaite ainsi à ses yeux. La dernière note s'est évaporée, la cigarette s'est éteinte. Le jeune homme ouvre à nouveau ses grands yeux noirs. Pas de public face à lui, uniquement sa chambre avec vue sur New-York. Son regard glisse sur les ombres de la nuit, sa main attrape le paquet de cigarettes. Il en allume une nouvelle, imprègne ses poumons de tabac autant qu'il imprègne ses oreilles et son âme de musique. Du bout des doigts, il fait résonner quelques notes aléatoires. Avant de finalement reprendre la chanson qu'il a composée. "A room with a view..."

II. Gabriel

Mon véritable prénom est Eugène, mais personne, hormis ma soeur ne m'appelle comme ça car j'en ai horreur. Quoi que je l'accepte de plus en plus. Je fume beaucoup trop, essentiellement des Lucky Strike, même si ça manque de classe. Je travaille beaucoup trop; à vrai dire, je n'arrête jamais vraiment. Je m'énerve trop vite aussi, et je veux toujours avoir raison. Je veux toujours tout, simplement. J'aime la musique plus que tout.  Je sais chanter, jouer du piano, et des belles paroles. Je suis un cauchemar en affaires. J'aime le rouge, et les fruits rouges. Je fonds pour une paire d'yeux bleus. J'ai horreur du vert. Je n'envisage pas la possibilité d'être moins riche et puissant que je ne le suis. L'être plus, en revanche, je n'ai rien contre. Les Américains me tapent sur les nerfs. Les Américaines un peu moins. Leur accent est affreux. Si je le pouvais, je ne me nourrirai que de Loukoums. Je bois essentiellement du Gin, mon cocktail préféré est le French 75. J'ai peur des chiens, et du noir (mais ça, c'est un secret). Je suis chrétien, pratiquant quand j'ai le temps. J'aime les enfants. Et les procréer.
Ladies and gentlemen, nous avons aujourd'hui le plaisir d'accueillir Gabriel Johnson ! Bonjour et bienvenue sur la radio AT&T's. Nous avons préparé quelques questions pour vous. Premièrement, tout le monde aimerait savoir ce que vous pensez des bars clandestins et du jazz, ne vous inquiétez pas, ça ne sortira pas d'ici !
«  C'est un univers que j’apprécie beaucoup. Les clubs de jazz, les speakeasies, j'en aime le mystère qui s'en dégage, lumières tamisées et fumée de cigarette. Je tiens moi-même un bar clandestin, et c'est toujours un plaisir pour moi de m'y rendre, d'y traiter mes affaires, discuter avec tous mes clients, complices dans le vice, sur fond de musique jazzy. En effet, le Jazz est une musique que j'adore et que j'écoute à longueur de temps. Seul chez moi, j'en joue sur mon piano. J'en fredonne quand je n'ai rien à faire. Je sens qu'elle me nourrit, m'enrichit. »
Oh, je vois... Ainsi, votre avis concernant la Prohibition...
« C'est une bêtise. Mais si c'est bon pour les affaires, alors ça l'est pour moi, ni plus, ni moins. »
Oh ! Dans ce cas, buvez-vous de l'alcool ?
« Vous pensez vraiment que le propriétaire d'un bar va se priver d'alcool? La blague! Non, je suis un buveur. Pas plus buveur que n'importe qui, en revanche. J'ai un ou deux cocktails chaque soir, c'est tout. Je ne ressens pas le besoin de me noyer dans l'alcool, ce n'est qu'un plaisir par lequel j'aime me sentir bercer.  »
Personne ne vous juge, ne vous inquiétez pas. Et, dites-nous, New York, en un mot, c'est quoi pour vous ?
« Grandeur. La ville des grands, de ceux qui veulent le devenir, ceux en proie de l'être, ce qui ne feront qu'en rêver. Son aspect trahie d'elle-même cette mentalité; ces nouveaux gratte-ciels gagnent toujours plus de hauteur, nos avions passent au dessus des nuages désormais. Nous n'aurons jamais fini de vouloir être plus grands. »
Comme je vous comprends ! Pourriez-vous donc nous donner votre point de vue sur l'époque que nous vivons ?
« Nous vivons dans une époque de peur après la guerre. Nous croyons baigner dans le bonheur des fêtes et l'euphorie du jazz et des cabarets. Mais en réalité, nous avons tous besoin de nous rassurer. Au moins, nous pouvons affirmer que vous vivons dans l'instant présent, et dans le progrès. »
Et bien, je vous remercie pour cette interview plus que constructive, et vous souhaite un excellent moment à New York !
derrière l'écran

PSEUDO ET/OU PRÉNOM : Loony waltz. Léa, pour les intimes.
ÂGE : 19 ans. Retirer 15 ans pour l'âge mental.
DÉCOUVERTE DU FORUM ET AVIS SUR CELUI-CI : Je suis administratrice avec mes deux chéries, Clémence et Sarah, depuis le début. Première à commenter le projet sur Bazzart, à intégrer l'équipe... ATJ est notre bébé bril 
PRÉSENCE : Relativement rare, parce que études, travail, vie sociale... Je passe chaque jour, je réponds à mes Mps, mais je ne poste qu'un ou deux Rps par semaine.
CONNAISSANCE ET AVIS SUR LES 1920's : Vu que vous me devez toutes les annexes, je dirais qu'on peut pas faire plus calé que moi sur le sujet (a) Si vous avez une question, n'hésitez pas!
TA CHANSON FAVORITE : ...
AVATAR : Ben Barnes
CODE DU RÈGLEMENT : Ahahah ♥️
PERSONNAGE INVENTÉ, SCÉNARIO : Inventé
UN DERNIER MOT : boo 




Dernière édition par E. Gabriel Johnson le Mar 6 Aoû - 17:32, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Gabriel ► the things we lost in the fire   Mar 6 Aoû - 11:46

histoire
ans if you close your eyes, does it almost feel as if nothing changed at all


chapter I

Mon père est mort, il y a dix-huit mois. Oui, il y a un an et demie, il a quitté ce monde, sûrement pour notre plus grand bien à tous. On ne connaît pas le pourquoi du comment, seulement le fait qu'il est passé du stade d'enfoiré de première un peu trop vivant à celui de cadavre à la figure planté dans ses œufs brouillés du matin en une fraction de seconde. Mon monde tournait autour de lui jusqu'à ce jour. Alors, il me semblait logique de commencer mon histoire par sa mort. Car ma vie à moi n'a réellement commencé que quand mon père décéda.

Avant ça, j'étais le gosse. Le marmot. Sans grande importance à ses yeux, à ce que moi je voyais. Peut-être qu'il m'aimait, allez savoir. Mais il était passé maître dans l'art de le cacher. Mon père cachait un tas de choses. En fait, quand j'étais petit, je pensais que mon père, ce héros, était un vrai magicien. Il apparaissait et disparaissait à volonté, il était rarement à la maison, et rarement de bonne humeur. Il faisait apparaître l'argent à chaque fois qu'il revenait -soit presque une fois par an, pendant dix ans. Et quand il repartait, à chacun de ses départs, ma mère était enceinte jusqu'au cou. Oui, mon père faisait apparaître les bébés : magique ! Si vous avez compté, vous noterez donc que cette famille est composée de neuf frères et sœurs, dont je suis l’aîné.

Moi, je suis né en Angleterre, dans notre demeure Londonienne de l'époque. Ma mère, Marie, était française et avait 19 ans tous frais. C'était un cas banal de l'infirmière qui tombe amoureuse de son patient. Le patient, mon père ; Américain, la trentaine, et richissime. Je me suis toujours demandé s'il l'avait aimé. Lorsqu'ils s'engueulaient, on avait droit à des « Bouffeuse d'escargots » et « Pauvre con ». Ils s'engueulaient souvent. Ce qui faisait tenir ma mère, c'était l'argent, rien d'autre.
Me concernant, je n'ai jamais manqué de rien : jouets, nourrices, éducation, coup de bâtons. J'étais un chieur prêt à tout pour attirer l'attention du paternel. Je me postais sur le toit de la maison jusqu'à ce qu'on m'en arrache à la spatule, je me bagarrais à l'école.
A mes sept ans, j'en étais au point de penser que le seul moyen que j'avais pour que mon géniteur m'adresse un regard était de me blesser. Je suis donc allé dans la cuisine où j'ai tripoté à peu près tout, jusqu'à ce que la casserole pleine d'huile bouillante me tombe dessus. (Enfin, ça, c'est la version officielle. En réalité, j'étais monté sur une chaise, et la curiosité m'avait fait plonger la main dans l'huile pour voir si elle était bien chaude. J'ai pu constater que c'était le cas.) Ma main gauche est restée « défigurée » et, après la cicatrisation, insensible. Aujourd'hui encore, quoi que je fasse, cette main reste cachée dans un gant en cuir. Elle est le souvenir ineffaçable de l'indifférence de mon père à mon égard. Parce qu'après ça, malgré ça, il n'en avait toujours rien à foutre de moi.
Il passait sa vie aux Etats-Unis, où j'étais certain qu'il avait une seconde famille. Je voyais ma mère malheureuse et abandonnée, exténuée par le travail que lui demandait son rôle de femme au foyer. Je me disais que moi, jamais je ne serais comme ça, jamais je ne l'abandonnerai. Du coup, j'ai pas réglé mon Œdipe avant mes onze ans, au moins. Je dirais, jusqu'au jour où on m'a annoncé que j'étais d'ors et déjà fiancé à une fille que je ne connais pas, et que j'allais l'épouser quand je serai adulte. Que je le veuille ou non. Puis on ajouta, en m'adressant une tape sur l'épaule ; « T'inquiètes pas, mon gars, être marié n'empêche rien. Les femmes, elles s'en foutent si tu va voir ailleurs. » Dégoûté.

A part de ma mère, je n'ai jamais été amoureux. Enfin, il y a bien eu Judith, au Lycée. Et Lizzy, à Oxford. Mais rien de passionnel, rien qui vaille le coup. Seulement des béguins. De toute manière, à quoi bon tomber amoureux si j'étais déjà promis à quelqu'un ? La perspective de ce mariage ne m'a jamais enchanté. J'aurais préféré, comme tout le monde, tomber amoureux et épouser cette personne là. Mais tant que mon père en avait décidé autrement, je n'avais pas mon mot à dire. C'était pire que frustrant, vous vous en doutez. Alors je suis peu à peu devenu ce qu'on assimile à un coureur de jupons. Une fille après l'autre, sans chercher les sentiments, seulement la compagnie. J'étais, à Oxford, le genre de mec qu'on se met dans la poche, le gosse de riche dont tout le monde veut être l'ami, constamment entouré. Et, logiquement, celui que les filles veulent fréquenter, bien plus pour être vue en ma compagnie que pour moi. C'était un échange consenti ; elles avaient ma compagnie, j'avais la leur, et tout le monde était content.

A Oxford, j'étudiais le droit. Passionnant. Des livres, toujours des livres, des lois, apprendre à signer les chèques, à faire taire les employés mécontents. Mon père -encore lui- me destinait à la reprise de l'entreprise familiale. Entreprise dont je ne savais rien, pas même le nom ou la filière. Elle se situait aux Etats-Unis, pour sûr. Je trouvais ridicule de sa part de refuser de m'en dire plus, il faisait tant de mystères à ce sujet. Mais le plus problématique était que je n'en voulais pas. Je ne voulais pas être à Oxford, je ne voulais pas étudier le droit, et je ne voulais pas succéder à mon père. Depuis toujours, je trouvais mon seul réconfort dans la musique. Depuis le jour où j'avais touché un piano pour la première fois, il n'y avait que ce son pour me passionner. Bien évidemment, mon père n'en avait rien à faire ; il avait ses plans pré-établis pour moi, un chemin tracé de sa plume que je devais suivre, ou périr. Quand, à l'âge de la rébellion, j'ai tenté d'imposer ma vocation comme unique sentier sur lequel je voulais marcher, mon père a fait disparaître le piano de la maison. Comme toujours, le choix ne m'appartenait pas. Vive le droit.

Maintenant que mon père est mort, je devrais de nouveau avoir le choix, non ? Je me disais que mon avenir m'appartenait enfin ; j'allais annuler ce mariage d'abord, puis me lancer dans la musique ensuite. J'allais faire ce que je voulais de ma vie, ce que j'avais toujours voulu en faire.




histoire
ans if you close your eyes, does it almost feel as if nothing changed at all


chapter II

Cela aurai été trop beau. Cela n'aurai même pas été amusant, si la vie était si facile. Si elle même nous tendait toutes les perches vers le bonheur. Non, désolé, ça ne marche pas comme ça. Quelques jours après l'enterrement de mon père, j'allais l'apprendre, comme une gifle qui vous prend par surprise. Le notaire vint me voir, un papier à la main. Y était stipulé que tout ce qui appartenait à mon père me revenait directement. Je tombe assis dans l'un des fauteuils du salon, la tête entre les mains, le cœur serré, le ventre alourdi. J'héritais des affaires de mon père, de tout ce pourquoi il m'avait délaissé toutes ces années. Il semblait que j'étais le seul à voir le prix que cela allait encore me coûter : ma vie. J'effleure du bout des doigts ce papier sur lequel est écrit mon nom, tendis que mes ambitions me font signe de loin. La musique qui trottait toujours dans ma tête me sembla soudainement si lointaine ; je pouvais tirer un trait dessus, l'écraser sous les responsabilités que j'avais désormais. Je devais quitter l'Angleterre, et m'installer à New-York. Ma vie est entière est à Londres ; je vois en ce déracinement la dernière manière qu'avait trouvé mon paternel pour m'écraser une fois un pied dans la tombe. Je n'ai plus qu'à faire mes valises ; j'embrassais ma famille, cette grande fratrie, un à un avant de les quitter. A peine un mois après que mon père nous ai quitté, j'embarquais donc sur l'un de ces immenses paquebots transatlantique pour le remplacer.

Je mets pour la première fois un pied sur le sol Américain quelques jours plus tard. Tous les papiers concernant mon arrivée étaient déjà bouclés. Je n'avais plus qu'à prendre les clés de l'appartement qui m'était légué. Immense, avec une magnifique vue sur New-York, des tableaux sur chaque mur, des tapis dans chaque salle et, au centre du salon, le piano disparu de Londres. Mon piano. Sur le bureau, un portrait encadré de chacun de mes frères et sœurs. Le mien y était aussi. J'avais trop horreur de l'odeur de cigare froid qui s'était imprégné dans ces lieux, cette impression qu'il était possible que mon père passe la porte à n'importe quel instant, pour dormir dans cet appartement cette nuit là. Je passais une nuit blanche à traîner dans les bars clandestins, découvrir New-York à moitié saoul, faire mes adieux à mes aspirations pour embrasser le rêve Américain. Un départ peu glorieux en somme, mais j'en avais besoin.

Dès le lendemain, j'étais au travail. Je la connaissance des associés de mon père, qui sont désormais les miens. Je fais le tour du carnet d'adresses et suis censé retenir tous ces noms en un temps record. Ils ont tous un gros cigare à la bouche, des bagues aux doigts, des chapeaux affreux, et sont bedonnants comme le sont tous ces gens qui passent leur vie dans leur fauteuil en cuir. Je me sens maigrelet à côté d'eux. Je fume mes Lucky Strike, l'une des marques les moins chères, mais la meilleure selon moi. Ils me regardent de travers, pour la plupart, et certains me proposent déjà de racheter le Palace, car je suis trop jeune pour un établissement de cette envergure. Je me découvre alors un don pour ces affaires, et, m'étonnant moi-même, je m'impose auprès de ces anciens et leurs gros cigares, je refuse catégoriquement. Je me dévoile comme un adversaire redoutable; et si c'était moi qui rachetait leurs affaires en déficit? Et c'est alors que je me rends compte que oui, je peux le faire. Le mois suivant, je parviens à avoir la légendaire Sophie Tucker en tête d'affiche du Palace pour une année. On me redoute déjà, je le vois dans leurs yeux.

De mon père, visiblement, personne ne savait rien. Pour beaucoup, mon existence était inconnue, tout comme celles de mes frères et soeurs. Certains ne savaient même pas son prénom, et l'appelaient simplement Johnson. Cet homme était un mystère de son vivant, autant pour New-York que pour moi. Il était décrit comme un génie des affaires, un grand du monde du spectacle, quelqu'un d'influent, mais aussi de généreux et de modeste. Pas un mot sur sa vie privée, telle était sa règle d'or. A New-York, à travers les éloges que l'on me fait de lui, j'apprends à le connaître, je le découvre presque. Mais je ne peux m'empêcher de le haïr toujours autant.

C'est sous la table que l'on me donna les clés du Please Don't Tell. Oui, mon père ne soutenait pas la Prohibition, tant et si bien qu'il possédait aussi un bar clandestin. Je découvre entre ces murs l'un de mes lieux favoris, noyé dans la fumée, où le jazz résonne. Et ce bout de paradis est à moi. J'y croise chaque soir les hommes influents, des femmes exquises.

Je sais que ce foutu mariage aura lieu un jour, qu'il approche. Et je ne sais plus si je désire mettre un terme à ce projet ou non. Plus depuis que je l'ai rencontrée, ma promise. Eve, dont le regard bleu m'a séduit dès notre première rencontre. Je suis tombé amoureux sans savoir que c'était elle. J'ai su que c'était l'amour de ma vie avant qu'elle ne me fut présenté comme tel des semaines plus tard, alors que notre passion existait déjà... Je crois que la seule certitude dans tout cet alcool, ce jazz, c'est elle.



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