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 « While truckin' down the road of life, although all hope seems gone, I just move on. » ◄ BAB

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ADMIN ► Don't tell me not to live
Pseudo + Prénom : Alinoé + Adélaïde
Missives : 277 Points : 51
Avatar : Rachel Hurd-Wood Crédit : Charlitchi
Statut : Célibataire. Et semble bien le vivre.
Occupation : Serveuse
Gramophone : Out Tonight - Rosario Dawson ( Rent Soundtrack )
Doubles-comptes : Robert L. Svensmann
MessageSujet: « While truckin' down the road of life, although all hope seems gone, I just move on. » ◄ BAB   Mer 31 Juil - 18:31

billie a. berkeley
« lorsqu’on a rien, on a rien a perdre. » - titanic

NOM : Emily « Billie » Anne Berkeley
DATE DE LIEU DE NAISSANCE : 3 avril 1904, à proximité de la ville Gloucester, dans le Comté de Gloucestershire, en Angleterre.
ÂGE : 20 ans.
EMPLOI OU OCCUPATIONS : Serveuse et chanteuse ( à ses  heures perdues ).
SITUATION FAMILIALE : Maman est décédée en me donnant le jour, Papa a coulé en même temps que le Titanic et il n'a jamais refait surface. Il ne me reste qu'Edward, mon frère, et sa compagne.
SITUATION AMOUREUSE : Célibataire. Malheureusement.
SIGNES PARTICULIERS : En toute circonstance, elle porte le camé de sa mère que son père lui a donné pour ses sept ans. On peut aussi dire qu'elle était atteinte du syndrome de Stockholm en raison de l'idéalisation de son père et de l'amour gigantesque qu'elle pouvait lui porter.
GROUPE : Blues.
I. introduction

Ma vie s'est finie lorsque j'ai vu mon père pour la dernière fois. Lorsqu'il fut entrainé au fond de l'océan pour se mettre à flotter, bien des minutes après. Ma vie s'est réduite lorsque je suis arrivée en Amérique, totalement dépourvue, totalement seule. Ma vie s'était éteinte. Presque. Une petite flamme ronflait, tout au fond de moi. Et on a su la raviver. Un regard, des paroles. Des câlins. Des larmes, beaucoup de larmes. Et de douleurs aussi. Ma vie se résumait à ça. Un trou noir, un gros trou noir, au fond duquel je gisais sans pouvoir bouger. Et quand enfin je réussissais à me mouvoir, j'attendais de pouvoir déployer mes ailes et de partir vers des horizons meilleurs.

II. emily « billie » anne

Lorsque je lave du linge, il m'arrive de retrouver des chaussettes célibataires. Des fois, c'est une chaussette noire et une chaussette blanche. Et, comme je suis de nature hésitante, je passe des minutes à me dire si je dois les mettre ensemble ou non. Puis, à la fin, je les étends avec soin, comme une personne appliquée, ce que je suis, bien évidemment. Puis, je m'asseois sur le rocking chair qui fait face à la cheminée et je me perds dans mes pensées. Je deviens alors confuse, triste, réservée; je suis ailleurs. Comprenez bien que, pour me connaître réellement, il faut aussi savoir que malgré ma naïveté, je suis tout de même prudente, bien que vulnérable. Fée bienfaisante, fée débonnaire... Je suis la Mère Thérésa des années 20, en gros. Je sais toujours être juste, patiente et fidèle. Non, je ne suis pas encore un chien !
Ladies ans gentlemen, nous avons aujourd'hui le plaisir d'accueillir Billie A. Berkeley ! Bonjour et bienvenue sur la radio AT&T's. Nous avons préparé quelques questions pour vous. Premièrement, tout le monde aimerait savoir ce que vous pensez des bars clandestins et du jazz, ne vous inquiétez pas, ça ne sortira pas d'ici !
« es bars, c'est quelque chose d'essentiel pour les personnes, je crois. Pour moi, c'est mon gagne-pain. Sans bar, je ne serais pas serveuse. Sans bar, je n'aurais pas rencontré mon ancien patron qui m'a poussé à chanter. Sans bar, je n'existerais probablement pas. »
Oh, je vois... Ainsi, votre avis concernant la Prohibition...
« L'Etat fait ce qu'il veut. Il réussira bien à nous supprimer notre envie de vivre. Il ne réussira pas à enlever la mienne, je ne l'ai plus... »
Oh ! Dans ce cas, buvez-vous de l'alcool ?
« Dire non serait mentir. Je n'en suis pas une fan mais il m'arrive de siroter un petit whisky ou une petite bière. »
Personne ne vous juge, ne vous inquiétez pas. Et, dites-nous, New York, en un mot, c'est quoi pour vous ?
« C'est différent de ce que j'ai pu connaître. Petite, je vivais dans une petite maison en bois, à la campagne. C'était bien, j'étais libre ! Je vivais. New-York... C'est différent. La liberté a pris un autre sens. »
Comme je vous comprends ! Pourriez-vous donc nous donner votre point de vue sur l'époque que nous vivons ?
« C'est une époque pourrie. Je n'en dirais pas plus à ce sujet. »
Et bien, je vous remercie pour cette interview plus que constructive, et vous souhaite un excellent moment à New York !
derrière l'écran

PSEUDO ET/OU PRÉNOM : Alinoé / Adélaïde.
ÂGE : 21 ans.
DÉCOUVERTE DU FORUM ET AVIS SUR CELUI-CI : Une ancienne membre qui me l'a fait découvrir.
PRÉSENCE : Bah là, au mois d'août, la présence friserait les 0 mais en temps normal, je dirais tous les jours.
CONNAISSANCE ET AVIS SUR LES 1920's : J'ai des connaissances quelques peu limitées mais parmi elle, je dirais l'implosion de genres musicaux aux Etats-Unis, le Titanic et les répercussions qu'il y a eu par la suite, l'entreprise Disney qui se forme, l'entre-deux guerres, le cinéma parlant qui commence à s'installer...
TA CHANSON FAVORITE : Awh... La Valse à Mille Temps, de Jacques Brel.
AVATAR : Rachel Hurd-Wood.
CODE DU RÈGLEMENT : ici.
PERSONNAGE INVENTÉ, SCÉNARIO : ici.
UN DERNIER MOT : chevalier .




Dernière édition par Billie A. Berkeley le Mer 31 Juil - 19:11, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: « While truckin' down the road of life, although all hope seems gone, I just move on. » ◄ BAB   Mer 31 Juil - 18:43

histoire
mon histoire est semblable à un iceberg. on n'en voit que la partie émergée. ce qui est caché n'est souvent découvert qu'au dernier moment.


histoire

Maman.
Un cri déchirant un jour de pluie. Papa qui me tenait sur ses genoux. Edward, debout, non loin de nous. Dans la chambre, une infirmière et le médecin.
Le silence. On entendait la pluie cogner contre les fenêtres. On entendait aussi les quelques orages qui grondaient au loin. Le médecin sortit de la chambre, suivi de son infirmière. Ils affichaient tous deux des mines graves. Papa n’avait pas besoin de leur demander mais le docteur le lui dit quand même. Edward se détourna et partit en courant s’enfermer dans sa chambre. Papa se contentait juste de me serrer plus fort contre lui. Il pleurait et je ne comprenais pas pourquoi.
Le lendemain, une petite fourgonnette vint emporter le corps de Maman. Et deux jours après, elle fut mise en bière, six pieds sous terre. Seule une plaque commémorative nous la rappelait. Une seule plaque. Perdue parmi tant d’autres.
Papa semblait errer comme une âme en peine, dans la maison. Parfois, je le voyais debout dans la chambre, à fixer le lit où Maman avait passé ses derniers instants. Je voyais les larmes couler le long de ses joues. Des larmes silencieuses. Des larmes qui étouffaient des cris de douleur, des larmes qui noyaient des chagrins déchirants. Je venais me réfugier dans ses jambes et lui faisais un gros câlin, un câlin qui le sortait de sa torpeur. Edward ne faisait plus attention à Papa. Il s’adonnait à l’agriculture. Il entretenait un petit potager qui donnait des légumes qui nous nourrissaient lorsque venait l’automne. Il avait appris à se débrouiller seul. De toute façon, il refusait toute aide qu’on désirait lui apporter. Parfois, je sortais et j’allais le regarder travailler. Je m’asseyais sur un petit tonneau et mes yeux, attentifs, suivirent le moindre de ses mouvements. Il posa de temps à autre des regards sur moi et esquissa un sourire vague, aussi paumé que celui de Papa. Mais moi, je ne comprenais toujours pas à quoi il rimait. Toujours pas.
Quelques mois plus tard, une dispute éclata entre Edward et Papa. Je me tenais debout sur le seuil de la porte de ma chambre, mon doudou entre mes maigres bras. Je suçais allègrement mon pouce, en écoutant ce qu’ils pouvaient bien dire. Je ne captais pas grand-chose, mais je savais pertinemment que le ton montait entre eux et que beaucoup de choses furent cassées. Mon frère quitta la cuisine, furieux, et se rua dans sa chambre. Il s’était emparé d’une valise qui trainait sous le lit et avait jeté pêle-mêle des vêtements dedans. J’étais allée le rejoindre et j’avais fait comme avec Papa. Je m’étais agrippée à son pantalon, espérant ainsi le calmer. Il m’avait longuement fixé, diverses lueurs brillant au fond de ses yeux. Colère, rage. Désolation, pitié. Et une petite once d’amour. Une toute petite lueur, qui se taisait sous les autres.
Dehors, il faisait un petit vent frais, et le ciel était gris. Papa me tenait dans ses bras tandis que je suçais encore mon pouce, mon doudou calé sous le menton. Je fixais Edward, qui mettait sa valise dans une voiture. Pourquoi partait-il ? Est-ce que c’était pour ça, la dispute ? Je ne voulais pas qu’il parte ! La maison serait vide sans lui ! Et je ne pourrais pas manger de bons légumes ! Et puis Papa, il parle pas beaucoup et ça m’embête. Il est toujours plongé dans des papiers, sans cesse à téléphoner et à parler fort dans le combiné. Je me demande bien pourquoi il passe son temps à hurler après les autres. Alors, je ne lui ai pas demandé pourquoi Edward partait. Mais je savais que je ne le reverrais plus avant longtemps. Très longtemps.
Le port de Southampton grouillait de monde, en ce mercredi 3 avril 1912. Le Titanic ne devait partir que le lendemain, mais déjà, les gens se pressaient sur les quais, pour observer le paquebot dans toute sa splendeur. Il était gigantesque, magnifique. Monstrueux. Papa avait acheté des billets pour voyager sur le bateau et rallier ainsi l’Amérique. Il s’était excusé auprès d’Edward de l’avoir ainsi envoyé en Amérique. Alors, pour mon huitième anniversaire, il pensait que ça serait un beau cadeau de voguer vers l’Amérique, pour revoir mon frère. Mais moi, je ne savais pas qu’il m’emmenait le voir. Edward s'était peu à peu effacé de ma mémoire pour ne rester qu’un vague souvenir confus, relégué aux oubliettes.
J’étais émerveillée. Par tout. Par la luxure de certains endroits qui nous étaient malheureusement inaccessibles, mais aussi par la traversée qui s’annonçait magnifique, inoubliable. J’étais souvent rendue sur le pont réservé à la Seconde Classe et mes yeux fixaient la mer, comme s’ils ne pouvaient regarder que ça. Le soleil se reflétait dessus, quelques dauphins fendaient les vaguelettes et faisaient un bout de chemin avec le bateau. Même le temps n’était pas à la pluie et cela me rendait heureuse. Papa avait su m’offrir un beau cadeau d’anniversaire. J’avais hâte de voir où le Titanic nous emmènerait. En attendant, je jouais avec les enfants qui étaient à bord ( pas avec les Première Classe. Ces enfants-là préféraient jouer à la toupie plutôt qu’à cache-cache ). Je me fis plein d’amis.
Lorsque le bateau accosta en France, à Cherbourg, on ne pouvait pas descendre à terre, le bateau ne rentrant pas dans la rade. Mais on pouvait apercevoir la Gare Maritime de là où on était. C’était un bâtiment impressionnant, et lorsque je demandais à Papa ce que c’était, il me promit de m’emmener en France pour voir tous les beaux bâtiments qui méritaient de l’être. Alors, avec un sourire aux lèvres, le bateau repartit, après l’ascension de quelques trois cent personnes à son bord.
Le treize avril. J’étais sur le pont, en proie au doute. Où le bateau nous emmènerait-il ? Mes copains m’avaient invité à jouer avec eux, mais j’avais refusé. Ma question n’étant pas résolue, je comptais lui apporter réponse. Alors, je m’étais dirigée vers un homme, que les adultes appelaient Thomas Andrews. Arrivée auprès de lui, je posais ma question.
« Monsieur, on va où ?
« Le Titanic nous conduit en Amérique, Mademoiselle.

Je le remerciais du mieux que je le pus et le soir venu, je me couchais en retournant sans cesse ce mot dans ma tête. Un mot qui me restait dans le crâne le lendemain. Lorsque je demandais à Papa ce qu’on allait faire en Amérique, celui-ci gardait un silence de plomb. Il me jetait de temps à autre des regards et des sourires chaleureux. Ça me plaisait de le voir ainsi. Il est moins triste et il fait plus attention à moi. Il était moins dans ses papiers et ses soucis d’argent d’antan s’étaient envolés. Il me payait des jouets de plus en plus beaux à mes yeux et il m’avait appris à lire et à écrire. Je n’allais pas à l’école car Papa préférait me garder avec lui que d’avoir à faire face à tous ces gens qui pourraient parler dans notre dos. Et puis il avait « perdu » bien trop de personnes chères à son cœur pour vouloir m’éloigner, ne serait-ce qu’un instant, de lui.
Le quatorze avril, au soir, il me raconta une histoire, comme d’habitude. Après l’avoir contée, il me serra tendrement dans ses bras, éteignit la lumière de la chambre avant d’aller faire un tour. Je fermais les yeux aussitôt pour me laisser emporter dans les tourments du Pays des Rêves. Une heure ou deux plus tard, la porte s’ouvrit et papa entra se coucher. Le paquebot heurta l’iceberg, mais je ne me réveillais pas. J’étais bien trop enfoncée dans mes songes pour le faire. Quand bien même une bombe aurait explosée à côté de moi, je ne l’aurais pas entendue. Je fus brusquement ramenée à la réalité lorsque la porte s’ouvrit subitement, que la lumière s’alluma et qu’une personne nous hurla de mettre nos gilets de sauvetage et d’aller sur le pont. Je frottais mes paupières et demandais à Papa ce qui se passait. Mais il ne me répondit pas. Il avait vu l’air grave sur le visage de l’homme. Il s’empressa alors de prendre nos gilets et de m’enfiler le mien. Puis, il me fit descendre de mon lit et main dans la main, on courut vers le pont.
« Les femmes et les enfants d’abord ! Reste-il des femmes et des enfants ?
Papa se frayait un chemin parmi les gens qui s’agglutinaient devant les canots de sauvetage. Je voyais le bateau incliné maintenant et je fus envahie d’un sentiment de peur. Qui me tétanisait. Je regardais l’eau monter petit à petit, les gens sauter du bateau. Mon cœur cognait à toute vitesse dans ma poitrine, et mes yeux étaient grand ouverts, incapables de se fermer. Eux aussi étaient marqués par la terreur qui se dégageait de cet instant. Ce long moment. J’entendis Papa parler, mais sa voix me parut lointaine. Comment allons-nous tous sortir vivants d’ici ? Je fus soulevée et placée dans le canot. Comme une claque me ramenant à la vie réelle, je regardais Papa de mon canot et je hurlais. Papa ! Papa ! Non Papa ! Je tendis ma main vers lui mais le canot amorçait déjà sa descente. Je voyais son visage défait se réduire, et je ne pouvais pas arrêter de crier, même lorsqu’une passagère peu agréable me recommanda de la fermer.
Le canot était arrêté depuis plusieurs minutes, et suffisamment éloigné du bateau qui s’enfonçait de plus en plus sous nos yeux. Je m’étais mise à trembler. Papa ne pouvait pas mourir. Pas lui ! Tout était calme autour de nous, hormis les cris des personnes encore sur le Titanic. J’entendais des hommes de l’équipage, ceux qui étaient à bord des canots, parler fort pour se faire entendre. Le nôtre fixait le bateau, de la terreur dans ses yeux. Alors, je m’approchais doucement du bord et, lorsque je fus certaine que personne ne faisait attention à moi, je me jetais dans l’eau glacée et je me remis à hurler papa de plus belle. En entendant ma chute, les femmes poussèrent des cris d’affolement, et l’homme se hâta de venir me rechercher, malgré la froideur de l’eau. Il dut plonger ses mains dans l’océan pour venir me récupérer, tout un chapelet de jurons sortant de sa bouche, et me hissa à bord. L’une des femmes se hâta d’ôter son manteau de ses épaules et m’entoura avec. A ce moment-là, je vis Papa passer par-dessus bord et atterrir dans l’eau, comme des centaines d’autres hommes et femmes. Et je ne le vis pas refaire surface.
Mon cœur éclata.
En mille morceaux.
Le Carpathia me semblait terne, comme s’il n’avait pas d’importance. En fait, à mes yeux, il n’en avait plus. La femme qui m’avait donné son manteau était restée avec moi, jusqu’à ce qu’un homme vint s’enquérir de notre nom et prénom.
« Emily Berkeley. Et mon Papa, il est mort.
Je resserrais le manteau autour de moi et la femme me prit dans ses bras et me berça comme sa propre fille. Elle aussi, elle avait dû perdre quelqu’un. Car elle pleurait beaucoup. Presque autant que moi. La Statue de la Liberté me parut sans éclats, malgré les lumières l’éclairant. La femme et moi la regardions, les yeux humides. Pour nous, ce n’était pas la Liberté qu’elle nous offrait mais des souvenirs douloureux, à jamais marqué dans nos mémoires.
De longs couloirs gris se succédaient. Et mes cris de cette nuit-là se répercutaient sur eux. Comme pour me rappeler la terreur que j’avais vécue. Cela faisait quelques jours seulement que le naufrage avait eu lieu mais pour moi, ce fut comme si c’était hier. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée d’avoir perdu Papa à tout jamais et de ne plus avoir de famille. Ça me blessait et je me sentais seule. Terriblement seule. Les bonnes sœurs qui géraient l’orphelinat tentaient de m’intégrer aux diverses activités qu’elle proposait mais je me contentais de serrer mon doudou entre mes deux bras, et de rester assise sur un banc, les jambes se balançant dans le vide, mon esprit divaguant au loin. Mon doudou était la seule chose qui me rattachait désormais au passé.
Des bruits de pas se mêlaient à mes cris inaudibles. Je levais mes yeux noyés vers les bonnes sœurs qui escortaient un homme. Et là, mon cœur fit des cabrioles dans mon cœur. Les religieuses m’appelèrent et je me levais lentement. Je me dirigeais vers l’homme car il était venu pour moi, m’indiquèrent-elles. Je me tins devant lui et posais sur lui mon regard qui portait la trace de la Mort.
« Tu es mon papa ?
L’homme se mit à ma hauteur et posa une main chaude sur mon épaule. Il planta ses yeux dans les miens et répondit.
« Non Emily. Je ne suis pas ton papa. Je suis…
Mais je m’étais détournée de lui et je partais de nouveau vers mon banc, serrant mon nounours encore plus fort entre mes bras. Je m’assis dessus et m’adonnais aux larmes. Elles seules me permettaient d’évacuer. D’aller ailleurs car, même quand je tentais d’inventer une histoire dans ma tête, tout se finissait par le naufrage d’un bateau et des corps qui tombaient à l’eau et qui flottaient sous nos yeux impuissants. L’homme s’était relevé, jetait des coups d’œil interrogateurs aux bonnes sœurs qui hochèrent la tête et il se dirigea vers moi. Il s’assit à mes côtés, me prit dans ses bras et me serra aussi fort qu’il le pouvait. Comme le faisait Papa autrefois.
Je déambulais dans les couloirs de l’appartement, comme une âme en peine qui se cherchait un nouveau corps. J’étais mentalement morte, avec mon père. Avec toutes ces personnes qui n’avaient pas pu être sauvées. Mais physiquement, mon corps souffrait de ce vide que je ressentais. Je ne me nourrissais quasiment plus. Le strict minimum me suffisait. Un verre d’eau, une pomme, à chaque repas. Si je mourrais, je m’en fichais. Je rejoindrais Papa là-haut, je rejoindrais ceux que je n’ai pas pu connaître. Mais je venais de retrouver mon frère et je ne pouvais plus me permettre de le laisser. Mais je n’avais pas la force de me battre. Elle me désertait, elle aussi. Comme tout.
Edward logeait à proximité de son lieu de travail. Lorsque l’on regardait par la baie vitrée qui menait aux balcons, on voyait la ville illuminée, on entendait le tumulte de la vie. Mon frère m’avait cédé son bureau pour que je puisse en faire ma chambre. Une chambre que je quittais rarement, au début. J’avais huit ans en arrivant, et que pouvais-je faire ? Je passais mon temps à lire, à écrire des lettres que Papa ne recevrait jamais, à dessiner des choses sans queue ni tête. Parfois, lorsqu’Edward travaillait à la maison, je m’asseyais à ses côtés et je le regardais taper sur sa machine à écrire. Ça me rappelait mon enfance. Si jamais j’en avais eu une.
Je n’étais plus en âge de rester sagement assise sur une chaise, ou sur un lit, et à attendre que le temps passe. Papa est décédé depuis huit ans. Je ne voulais pas imposer quotidiennement ma présence au seul membre restant de ma famille, alors j’ai commencé à chercher un petit boulot. J’ai écumé les bars, mais ils ont presque tous refusé de me prendre. Parce que je n’avais pas d’expérience. Je n’avais pas alors osé me dresser contre eux. J’étais repartie, la queue entre les jambes, le regard rivé sur le sol, comme lorsqu’on était venu me chercher à l’orphelinat et que j’avais honte, en sortant dans la rue. Le dernier bar, pourtant, accepta de m’embaucher, parce que leur précédente serveuse avait claqué la porte parce qu’elle avait été enceinte et que ce boulot ne lui convenait plus. Alors, j’avais touché mes premiers salaires et j’avais commencé à rechercher des appartements, un petit chez moi où je pourrais ressasser mes souvenirs et pleurer de tout mon soûl. Edward tentait de me dissuader de partir. Il voulait que je reste, lui aussi. Devant son insistance, devant sa douleur, je n’ai pas su lui dire non. J’ai été dans l’impasse.
Souvent, je joignais mon argent au sien, malgré ses protestations qui se révélèrent vaines. Mais il fut content lorsqu’on put s’acheter un appartement un peu plus grand, avec une vraie chambre pour moi et un bureau pour lui. Et puis, autant dire qu’il n’était plus tout seul. Mon frère avait fait, bien des années auparavant, la connaissance d’une jeune couturière, Marylin. De fil en aiguille, un lien indicible s’était tissé entre eux. Au début, j’avais quelque peu jalousé Marylin de la proximité qu’elle pouvait avoir avec mon frère, mais comme j’étais encore petite à l’époque, je ne comprenais pas encore les sentiments que les adultes pouvaient ressentir. Et, en fait, je les enviais, d’avoir ces sentiments. Marylin était gentille avec moi, alors, au bout d’un moment, j’avais fait tomber mes défenses. Je n’avais pas non plus eu la force de la repousser. Elle était devenue la Maman que je n’avais jamais pu connaître. Ca remplissait l’une des parties vides en moi, sans pour autant la combler. Mais je me sentais déjà un peu plus entière.
Un soir, tandis que je devais nettoyer la salle du bar, après la fermeture, je me mis à pousser la chansonnette. Je n’avais jamais chanté auparavant, mais j’y prenais un certain plaisir. Je regardais la toute petite scène, au fond, en me surprenant à vouloir y être moi aussi. Je baissais honteusement mes yeux tout en rougissant. Ma voix continuait de débiter des paroles d’une chanson que j’avais entendu un bon nombre de fois au bar, lorsque je travaillais. Je m’arrêtais subitement lorsque je vis le patron du bar, adossé contre le chambranle de la porte, les bras croisés sur sa poitrine. J’ouvris de grands yeux apeurés. Sur son visage s’étalait un fin sourire qui, pour moi, ne présageait rien de bon. Pourtant, en se décollant du cadre de la porte, il s’approcha vers moi, les bras toujours croisés, et me regarda presque de haut. Son sourire s’était agrandi en même temps que ma peur. Il me prit par les épaules et m’obligea à croiser son regard. Ses yeux transperçaient les miens, bien que les siens fussent sombres.
« Tu as du potentiel, petite. Ta place n’est pas ici, mais ailleurs. Si tu veux, certains soirs, tu pourras chanter sur la scène avant les « grosses pointures ». Et, bien sûr, tu seras payée un peu plus cher... Je te laisse toute la semaine pour y réfléchir et tu me redonnes réponse la semaine prochaine ?
Je lui avais adressé un sourire timide mais heureux. Il me donnait une chance, une chance que je devais saisir au vol, au lieu de la laisser filer entre mes doigts, au risque que quelqu’un d’autre après moi en profite. J’avais bien évidemment accepté cette opportunité. La première fois que j’ai chanté devant du public, j’étais pétrifiée. Et si on me trouvait nulle, me lancerait-on des tomates ? Le patron regretterait-il sa décision ? Est-ce que je ferais venir du monde ou, au contraire, est-ce que je le ferais fuir ? Tout en sentant le bois de la petite scène sous mes pieds, j’avais commencé à chanter. J’étais, au début, incertaine, mais je prenais de plus en plus d’assurance. J’aimais ça. Mon patron avait raison, j’étais faite pour ce boulot ! Je le sentais au fond de moi, ce petit feu qui me consumait et me poussait à atteindre mes rêves. Pourtant, à chaque fois que j’entamais une nouvelle chanson, à chaque fois le stress était présent. J’imaginais Papa au fond de la salle, qui me fixait de ses yeux bleu, un sourire chaleureux sur le visage. Une fois, en rentrant à l’appartement, Edward m’attendait et il m’avait serré dans ses bras en me félicitant. Mon frère était venu me voir et je ne l’avais pas remarqué.
Malheureusement, le bar fut contraint de fermer ses portes. Le patron était trempé dans une sale affaire. L’une de mes collègues l’avait accusé de viol et d’alcoolisme. Personnellement, je n’avais jamais eu à me plaindre de lui. Il ne m’avait fait aucune avance, il m’avait juste poussé à suivre mes rêves. Je m’étais retrouvée de longs mois sans trouver un bar qui oserait me prendre. Je n’avais pourtant plus seize ans, on aurait dû me prendre plus facilement, mais à croire qu’une serveuse anglaise n’avait pas sa place dans ce milieu. Alors, j’avais commencé à me produire dans des bars miteux, qui comptaient se revaloriser. Je me mettais à chanter, et parfois, les gens ne venaient que pour me voir dans mon costume de scène ( qui se constituait d’une robe noire type Charleston, au décolleté profond et à la jupe courte, d’un bandeau noir sur lequel une petite plume rouge était cousue, et de chaussures rouge et brillantes à talons ). Mais ces bars paumés n’étaient pas faits pour moi. Mon frère ne cessait de me le rabâcher. Il m’a un jour montré un bar, caché quelque part. L’endroit n’était connu que des personnes qui avaient été amenées là par quelqu'un.
Actuellement serveuse au Please, don’t tell, la situation tend à s’améliorer. L’ambiance me semble bien meilleure qu’à mon ancien travail. Je commence enfin à percevoir un éclat de lumière au bout de ce long tunnel sombre.


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