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 Izaäk → sister, I remember...

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AND ALL THAT JAZZ
Pseudo + Prénom : léa/loonywaltz
Missives : 34 Points : 5
Avatar : Hugh Dancy Crédit : shyia
Âge : 28 yo
Statut : célibataire entretenu par la riche veuve de son défunt mécène, passionnément amoureux de sa sœur jumelle, Elke.
Occupation : artiste peintre, sculpteur à l'occasion
Doubles-comptes : E. Gabriel Johnson
MessageSujet: Izaäk → sister, I remember...   Sam 23 Aoû - 14:01

Sjef Izaäk Nieuwenkamp
citation

NOM : Nieuwenkamp
DATE ET LIEU DE NAISSANCE : Aux Pays-Bas, dans la province de la Hollande, sur l'île de Marken.
ÂGE : 28 yo
EMPLOI OU OCCUPATIONS : artiste peintre, occasionnellement sculpteur sur métal, exposé dans la collection de la galerie de la demeure Frick.
SITUATION FAMILIALE : né accompagné d'une jumelle, Elke, et père dans l'ignorance de leur enfant de x ans. Ils ont également un petit frère de douze ans leur cadet, haï de Sjef.
SITUATION AMOUREUSE : célibataire entretenu par la riche veuve Frick, passionnément amoureux de sa soeur jumelle qu'il est venu reconquérir.
GROUPE : Blues.
I. introduction



Sister I remember mother kept happy when she could. Weather in December never felt as warm as it should. You were like a feather, never land where we thought you would or anywhere close to it. Who would have thought you never would ? So tell me what happens when the waves break, and you’re surrounded ? He tries to kill you. And you allow it. Sister I remember the morning light on evergreen. What seemed like forever was just my mind escaping me. Imitation leather, the smell of blood left on the seat was that your way of proving we look the same from underneath? So tell me what happens when the waves break, and you’re surrounded ? He tries to kill you. And you allow it… And you allow it… Over and over he says : « I surround you, I surround you. I never leave my beloved. I’ve found you. »


II. Sjef

passionné ; ambitieux ; amusant ; astucieux ; audacieux ; autoritaire ; charmeur ; créatif ; curieux ; déterminé ; direct ; franc ; habile ; émotionnellement impulsif ; réfléchi dans son travail ; sentimentalement introverti ; intuitif ; minutieux ; sociable ; tenace ; parfois agressif ; arriviste ; arrogant ; calculateur ; manipulateur ; égoïste ; indépendant ; jaloux ; orgueilleux ; rancunier ; revanchard.
Ladies ans gentlemen, nous avons aujourd'hui le plaisir d'accueillir Izaäk ! Bonjour et bienvenue sur la radio AT&T's. Nous avons préparé quelques questions pour vous. Premièrement, tout le monde aimerait savoir ce que vous pensez des bars clandestins et du jazz, ne vous inquiétez pas, ça ne sortira pas d'ici !
« Je mets rarement les pieds dans les bars clandestins, Madame Frick ayant tout l'alcool dont je puisse rêver dans sa cave bien dissimulée. J'apprécie assez le jazz dans sa forme classique, comme les titres qui passent à la radio. »
Oh, je vois... Ainsi, votre avis concernant la Prohibition...
« Une loi étrange d'un pays étrange. J'imagine que cela fait du bien à la population, sinon je n'en comprends pas la raison. »
Oh ! Dans ce cas, buvez-vous de l'alcool ?
« En effet. Je suis un grand amateur de vins. J'apprécie surtout les grands crus et les vins anciens, bien au dessus de mes moyens, mais exceptionnels en tous points. Je bois régulièrement de la bière, en souvenir de mon pays natal. J'évite tout alcool fort, ne supportant pas la sensation d'être hors de mon corps. »
Personne ne vous juge, ne vous inquiétez pas. Et, dites-nous, New York, en un mot, c'est quoi pour vous ?
« Une ville étrange, où les gens m'ont l'air tellement fous. Nous ne sommes pas du même monde semble-t-il. Mais j'aime la grandeur des lieux et les espoirs qu'il m'inspire. Je ne sais pas si je pourrais vivre longtemps ici, mais je profiterai autant que possible de mon séjour. »
Et bien, je vous remercie pour cette interview plus que constructive, et vous souhaite un excellent moment à New York !
derrière l'écran

PSEUDO ET/OU PRÉNOM : Léa / loony waltz
ÂGE : 19 ans
DÉCOUVERTE DU FORUM ET AVIS SUR CELUI-CI : Admin de longue date et toujours présente à son poste!
PRÉSENCE : 4/7
CONNAISSANCE ET AVIS SUR LES 1920's : aha, beaucoup de connaissances. Les twenties, c'est la vie. Capich?
TA CHANSON FAVORITE : Some of these days, best song ever.
AVATAR : Hugh Dancy
CODE DU RÈGLEMENT : Cherche et trouve, babe.
PERSONNAGE INVENTÉ, SCÉNARIO : inventé
JE SOUHAITE PARTICIPER AU SYSTÈME DE RP D’INTÉGRATION : hihi ♥.
UN DERNIER MOT : Les licornes ne savent pas voler. Je ne sais pas voler. Donc je suis une licorne.
 licorne 



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MessageSujet: Re: Izaäk → sister, I remember...   Sam 23 Aoû - 14:01

histoire
citation


Période Bleue - 1905

Marken, l’île entre trois eaux. Au loin des côtes hollandaises, la vie est douce, le temps ralenti. Dans cette riche ville de pêcheurs, nous vivons une maison haute et étroite à la façade bleue d’une petite ruelle calme menant au port. Père, mère, Elke et moi. La maison n’a ni couloirs ni murs de séparation et peu de portes, seulement un long escalier étriqué menant de pièce en pièce sur six étages, allant de la cave au petit grenier. Chaque salle a sa couleur peinte à la chaux sur les murs, des poutres apparentes et de longues fenêtres touchant le carrelage. C’est une maison qui respire la simplicité, la piété et le bonheur d’être simplement ensemble.
L’école se trouve de l’autre côté de la ville, à une heure de marche sur nos courtes pattes de gosses. Ses portes sont fermées, la cour déserte : c’est l’été et l’heure des vacances. La saison où Marken est la plus vive et joyeuse, pleine de touristes et de festivités. Mais notre ruelle, elle, reste toujours calme.
Elke et moi sommes cachés sous l’escalier, dans notre placard, au deuxième étage –celui de notre chambre, les murs barbeau. Porte fermée, nous jouons avec nos pièces de bois et de tissus à la lumière de la lampe à huile. Le placard pue l’humidité et la naphtaline. Mais c’est notre trou à nous. Notre repère. J’interromps la guerre entre Joris van Coton –le méchant- et Klaus –le gentil, sans nom de famille, parce que les héros n’en ont pas besoin- pour déposer un rapide bisou sur la joue rose de ma sœur jumelle. Nous avons neuf ans. « Tu veux te battre comme ça quand tu seras grand ? demande-t-elle en désignant le champ de bataille.
- Non, dis-je, je ferais de la peinture, comme père. Et toi, tu seras mariée à un prince plus tard ? »
Elle regarde ses poupées de porcelaine s’embrassant sur la plage et secoue la tête.  « Non, dit-elle, c’est toi que j’épouserai ». Je lui souris en acquiesçant.
Une main frappe sur l’épaisse porte en bois, faisant tomber un fin nuage de poussière sur nos têtes. « Sjef ! Sors d’ici, c’est l’heure de monter voir ton père ! » C’est notre mère. Je saute sur mes pieds et bondit hors du placard, puis monte les escaliers deux à deux jusqu’au dernier étage de la maison. L’atelier de père. Je toque à la porte, puisqu’il est strictement interdit d’entrer sans permission –la dernière fois m’ayant valu une fessée mémorable. Ce n’est que lorsque sa voix résonne du fond de la salle que je me faufile sans un bruit jusqu’à mon tabouret, à côté de lui. Immédiatement, j’installe mon poste de travail. La poudre blanche de zinc, rouge carmin, jaune safran, la terre verte et le bleu lapis-lazuli, chacune à sa place. Les huiles, l’eau et l’œuf d’un côté, les pinceaux bien alignés, les couteaux et les pilons de l’autre. Face à moi, un large et épais morceau de verre.
Depuis mes sept ans, père m’autorise à l’aider dans la fabrication de ses couleurs. Il tient à les fabriquer lui-même, même si cela coût infiniment plus cher que la peinture qui sort des tubes. Je prends de la poudre –des pigments- et le liant qui convient –car certains pigments ont besoin d’un liant spécifique-, je mélange sur le morceau de verre, j’écrase les agrégats, et je mélange encore. Voilà mes tâches, une heure par jour. C’est difficile et précis comme responsabilité. Il faut chaque jour trouver les bonnes mesures, et qu’elles soient à chaque fois sensiblement les mêmes. Ca me passionne véritablement. J’ai toujours été fasciné par les formes, les couleurs, et la vie que l’on peut insuffler à un tissage vide. Les traits au crayon presque invisibles, les coups de pinceaux assurés deviennent des paysages infinis, des corps palpables, des fruits bien mûrs. On courait presque da,s les champs de coquelicots de père, on se pencherait pour les sentir, on s’allongerait dans l’herbe pour observer les ailes battantes des moulins qui nous font passer de l’ombre à la lumière. L’atelier est plein à craquer de ces œuvres. Des ciels perlés, des lacs gelés, le port de Marken avant l’aube, quand les pêcheurs rentrent à peine d’une sortie en mer. Des portraits de personnes, souvent banales, comme la fille du boulanger, une petite rouquine assise à côté de moi à l’école. Il y a aussi Elke et mère, mais elles sont accrochées dans l’escalier. Le mien n’est pas terminé.
J’aime me dire qu’il y a un peu de moi dans chacune de ces toiles. Il y a mes couleurs. Mais les toiles ne se vendent plus très bien en ce moment, et le carnet de commandes de père désemplit. Mes couleurs ne doivent pas être assez bien. Je dois faire mieux encore.

***
1908.

L'homme dépose son épais manteau de fourrure sur l'un des crochets au mur. Il est si gros qu'il prend toute la place occupable du porte-manteau. L'homme est imposant lui-aussi, dans son costume noir. Les seules personnes à Marken à porter ce genre de vêtements sont les croquemorts, mais celui-là avait l'ait trop ravi pour être l'un d'eux. Il ne parle pas notre langue, mais père le comprend. Etrange bonhomme. « Va préparer la toile, celle de la femme qui regarde par la fenêtre. Nous te rejoignons bientôt ».
Vite, je file dans l'escalier. Je repère la toile au premier regard et la dépose religieusement sur le chevalet. Un pas en arrière, j'admire pour la dernière fois cette femme qui observe la mer. Son front est délicatement posé sur le mur. Ses mains jointes sur sa poitrine tiennent un drap bleu cachant sa nudité. C'est une toile triste, mélancolique. Comment l'homme peut-il avoir l'air si heureux d'acquérir une toile si triste ? Sur cette pensée, je m'assied sagement sur mon tabouret, et j'attends. Ils ne viennent pas. Sont-ils partis ? Non, je les entend discuter en bas. Je sens l'odeur du café grimper jusqu'ici. Si je devais descendre, on me l'aurait dit. Alors je m'occupe. Avec un fin chiffon, j'ôte la poussière sur la toile. J'écrase quelques minéraux au pilon en prévision de mes futures heures d'assemblage de matières. Du pigment blanc, du bleu... Père mélange toujours les deux pour rendre le bleu plus clair. Peut-être a-t-il mélange trop de blanc dans le bleu du drap de la femme à la fenêtre... Je devrais réparer cette erreur. Père ne verra rien.
Je veux que ce drap soit de la couleur de la mer qu'elle observe, et que sa surface, comme celle de l'eau, reflète les pensées qu'abritent son crâne. J'imagine son mari à la pêche, et elle qui l'attend, inquiète. Ils appartiennent tous deux à la mer. Lui par sa passion pour son métier, elle pour ses pensées qui l’accompagnent dans le courant pour prendre soin de lui. Je dépose une pointe de rouge de l'amour dans le bleu. Beaucoup de blanc. Je lie à l'huile de lin pour obtenir une couleur brillante. Ces agrégats sont difficiles à mélanger, mais lorsque j'y parviens, le résultat me plaît. Je plonge un pinceau dans la matière et m'approche de la toile le cœur affolé. Et si ce n'était pas une si bonne idée que ça ?

Père et l'homme ne reviennent qu'en début de soirée. Ils rient en entrant, me voyant sagement sur mon tabouret. Ils m'avaient oublié. J'ai le droit à une petite tape sur la tête, comme on félicite un cabot pour sa bonne action. Puis un soufflet s'en suit. « Pourquoi tu as touché cette toile ?! Regarde ce que tu as fait ! » Père me saisit par la nuque, prêt à me jeter sur le sol, fou de rage, qu'importe qu'il ai un public. Mais l'homme l'en empêche. « Qu'a-t-il fait ? Demande-t-il.
- Le bleu, il l'a modifié, il...
- J'aime ce bleu. »
Père me lâche, je le regarde avec défi, du haut de mes douze ans. Face à moi, l'homme s'accroupit. Il me tend un billet de un dollar : ma part de la transaction.

Mon bleu est profond et irisé. Un bleu mêlé de vert tendant vers le gris aux reflets violacés. Une couleur bâtarde que personne n'aurait apposé volontairement sur une toile. Elle ne ressemble à rien de naturel, ni même de réel. Un bleu sans nom.


Période Rouge - 1912


« Le premier au phare ! » Nous partons du champ à toute allure et traversons la crique. Le phare se au bout, un pied dans le vide. Elke court vite, elle est légèrement devant moi. C’est une jeune femme pleine de vie, de beauté. Sa natte brune tape entre ses épaules dans l’air iodé. Elle touche la porte une seconde avant moi. Riant encore, elle se tourne pour me faire face. Mes mains de part et d’autre de son visage, je me penche dans cette cage que forment mes bras pour capturer ses lèvres.
Elle me pousse doucement en arrière.  « On va nous voir » dit-elle tout bas en regardant par-dessus mon épaule. Mais je suis jeune et Dieu sait à quel point je m’en fiche. J’aime Elke depuis toujours, de l’amour le plus grand et pur qui soit. Tellement plus que l’amour d’un frère envers sa sœur. Elle est tout pour moi, elle fait partie de moi, ma jumelle, ma moitié. J’ai alors seize ans, et je ne comprends pas qu’on puisse réprimander un amour tel, quel qu’il soit. Mon inspiration, mon monde… Les mains d’Elke appuient un peu plus sur mon torse, insistant pour que je la libère. Je me résigne et me redresse. Mon dos se laisse tomber sur les briques blanches du fort. Mon menton se lève alors que mes yeux atteignent le ciel rose d’une nuit naissante. « Je ne veux pas me cacher indéfiniment. C’est pas normal » dis-je en soupirant.
Pour le monde, c’est nous qui sommes anormaux. L’amour entre frère et sœur est si immonde à leurs yeux. Sommes-nous une abomination parce que nous nous aimons ? Il n’y a pas si longtemps, les rois, les reines, les bourgeois, les nobles, se mariaient entre eux pour conserver la pureté de leur sang. Les animaux n’ont jamais fait de distinction. Frère, sœur, père, mère, tout y passe, et c’est normal. Pourquoi avons-nous la prétention de valoir mieux que cela ? pourquoi avons-nous érigé lois et préjugés contre notre propre nature ?
Nous ne pouvons pas nous cacher indéfiniment. Je ne l’accepterai pas.

Lorsque nous arrivons à la maison, le dîner fume dans la sauteuse. Une délicieuse odeur de soupe à la tomate, rôti de bœuf, pommes de terre et tarte aux myrtilles flotte sur les quatre étages. XXX est déjà à table. Il nous regarde arriver et nous installer, nous scrutant avec ce petit air vicieux que je lui déteste. Ce visage angélique du bambin innocent et lèches-bottes, avec une étincelle qui hurle « Je sais. Je sais ce que vous faites. Je sais ce que vous êtes ».

***
1914.

« Dégage, sale gosse. T’as rien à foutre là ». XXX détale. Il plaque ses mains devant son entre-jambe. Un réflexe qu’il a acquéri depuis le jour où mon pied a fracassé ses testicules si fort qu’il en a pissé rouge pendant une semaine. Il avait cinq ans à l’époque, si je me souviens bien. Je ne me rappelle même plus de la raison de mon geste. Seulement qu’il aurait certainement fallu que je sois dix fois plus énervé qu’alors pour justifier un tel acte sur un gamin. Il en avait connu d’autres.
XXX, de douze ans notre cadet, a toujours été l’exutoire de ma frustration et de ma jalousie. Oh, le nombre de fois où je lui ai sauté au cou, suspendu au porte-manteau, enfermé sous l’escalier, et à chaque fois, Elke accourrait à l’instant où son visage virait du rouge sang au blanc cadavre. Et plus elle le sauvait, plus je le haïssais, plus je le maltraitais, plus elle le protégeait. Ce gosse est un foutu miraculé.
Puis il a ce jour où il est entré dans l’atelier sans permission. Père ne m’aurait jamais pardonné cela à son âge, il m’aurait donné la punition que je méritais. Mais cet insecte a visiblement tous les droits. Sa main collée sur ses parties génitales, il avance en dandinant ses fesses comme un attardé. « J’ai dit dégage ! » Ma main sur son épaule le pousse vers la sortie. Mais la porte est grande ouverte sur les marches de l’escalier et ma force est mal mesurée. XXX tombe jusqu’à l’étage suivant où un « crac » termine sa chute. Sous son crâne, la flaque rouge s’étend et peint sur le parquet un abominable tableau. Un cri strident résonne dans la maison tandis que, dans un état second, je retourne à ma toile.

Période Noire - 1916


Il manque une touffe de sourcils à X depuis l’accident. Mes parents et Elke font en sorte que nous ne soyons jamais dans la même pièce en dehors des repas. Autant pour son bien que pour le mien. Le jour viendra où je n’aurai pas autant de chance qu’il y a deux ans, me disent-ils, et quand l’inévitable arrivera, je finirais derrière d’épais barreaux. Leurs efforts sont inutiles. Je n’ai même plus envie de le toucher depuis des mois. Je lui parle à peine. Il existe si peu dans mon monde. L’insecte.
Tout s’écroule aujourd’hui. Tout va si vite. J’ai peur.
Mes toiles s’assombrissent, malgré un nouvel été naissant.
Elke est à peine revenue d’Amsterdam qu’elle a annoncé s’être fiancée. C’est un peintre. Comme père et moi. Elle l’a rencontré en ville, dit-elle. Il est aisé, à ce que j’ai compris. Il dit l’aimer, et elle ne doute pas de sa sincérité. Dit-elle. Il part le mois prochain pour l’Amérique. Elle va le suivre, dit-elle, et l’y épouser.
Je suis assis face à elle, le regard suppliant, désespéré, entièrement noyé dans ces grands iris bleus qui me regardent à peine. Dans la petit salle à manger, je suis entouré de père d’un côté et mère de l’autre. Elle tend sa main vers moi avec l’infinie douceur d’une mère afin que je la serre. Mon regard se pose sur mon père, son sourire. Alors je rejette la main de ma mère d’un revers sec et me lève en laissant la chaise tomber derrière moi.  « Satisfait ? » je demande au patriarche. C’était son œuvre, c’était sa faute. Depuis qu’il nous avait surpris, Elke et moi, nus sous les draps de son lit, il avait pour unique dessein de briser cet amour contre nature. De nous séparer. Il m’avait d’abord jeté hors de la maison, malgré les supplications de sa femme. Je vis depuis dans une grange généreusement louée par un habitant de Marken, à la sortie de la ville. Puis il a envoyé Elke de plus en plus souvent à Amsterdam. Aujourd’hui, elle partait pour New-York, l’autre bout de la planète, pouvait-il rêver mieux ?
Aurais-je pu imaginer pire ?...
J’hurle cette fois, fulminant de rage, au bord des larmes, de l’explosion. J’hurle à père et Elke :  « Satisfaits ?! »
J’ai quitté Marken définitivement cette année-là, sans rien d’autre à moi qu’un sac contenant un change, un calepin et des crayons. J’ai enlacé ma mère et accordé une dernière poignée de main à mon père. Il m’avait tout apprit, mais je ne pouvais pas pardonner sa trahison. Leur trahison à tous les trois. Elke et moi ne devions jamais être séparés, c’était notre destin, et tous s’étaient accordés pour couper les liens que nous avions tissés ensemble et créer des chemins séparés. Je ne peux plus souffrir la vue de personnes ne faisant autant de mal. Je ne savais pas que je rencontrerai pire en quittant le nid. Le soir de mon départ, j’ai fait mes adieux à Elke en tatouant sur ma bouche tous les baisers qu’elle ne m’offrira plus. Nous avons fait l’amour pour ce que je pensais être la dernière fois. J’ai attendu qu’elle s’endorme avant de me rhabiller et partir.

Mon sac sur le dos, j’espère rejoindre la France, berceau des grands peintres de l’époque, en traversant la Belgique. L’Europe est alors en pleine guerre. Mais à Marken, j’étais coupé du monde et de la réalité des événements. Nous n’entendions que des rumeurs provenant de la ville à propos de troupes Allemandes avant vers l’Ouest. Dans notre dix-neuvième siècle préservé, tout ceci semblait irréel. Tout me rattrape très vite désormais. Je dois troquer mes habits traditionnels contre des fripes plus modernes. J’ai besoin d’argent pour survivre. Plongé seul sur le continent, je me rends compte que mon île est d’une autre dimension, d’une autre ère. Que je ne connais rien de ce monde. Là-bas, nous vivions dans l’entraide, les échanges, les services, la simplicité. La ville est si compliquée…
Je voyage de bourgade en bourgade, à pied, en charrette, pendant des jours, jusqu’à me retrouver face à une haute frontière en barbelés. Entre deux miradors, un panneau « Attention haut voltage ». De partout, des hommes armés aux casques en pointe font des rondes sans un bruit. Impossible de passer cette frontière électrifiée.

***
1918.

Dans la nuit noire, je suis le seul du groupe à pouvoir se repérer comme en plein jour. Les autres demandent sans cesse « T’es sûr que c’est par là ? », et je leur réponds toujours avec un doigt sur la bouche de bien vouloir se taire. Je connais cette plaine par cœur, je sais exactement à quelle distance sont les arbres les uns des autres, où se trouvent tous les refuges pour se protéger, et ceux pour répliquer. Ce genre de situation, un rituel pour ainsi dire, est mon quotidien. A cinq cent mètres, les lumières éclairent à peine assez pour s’allumer une cigarette. Nous avançons, doucement, de buisson en buisson dans cette parcelle de no man’s land. Réunis derrière une petite butte, le groupe écoute mes instructions.  « A mon signal, vous passerez. Un par un. Marchez doucement jusqu’à là-bas, ne faites aucun bruit. Dès que vous poserez un pied de l’autre côté, courez. Aussi vite que possible. La plaine est descendante, vous serez donc exposés sur trois kilomètres. Encore deux kilomètres plus loin, il y a un refuge. Joan vous y attend avec de quoi manger, boire, des changes et des papiers. Vous devrez déposer toutes vos armes avant d’entrer. Faites tout ce que Joan vous dit, sans discuter. Au moindre pas de travers, il n’hésitera pas à vous tuer. Ou pire, vous ramener là-bas. Et croyez-moi, les allemands payent mieux que vous ne le pourrez jamais. » Ils acquiescent tous d’un signe de tête.  « Bien. Ne bougez pas avant le signal, c’est vital. Je vous dit adieu, et bonne chance. » Je leur serre la main à chacun, puis je disparais dans l’ombre. Furtif, j’avance jusqu’à la grille. A un endroit précis, le grillage est prédécoupé, juste à peine posé entre les fils métalliques, assez pour faire illusion auprès d’hommes dont l’œil trop habitué ne cherche plus les détails. Même si le courant ne passe plus beaucoup sur cette portion de grillage, j’enfile ma paire de gants en cuir et ôte la plaque rapidement. Un picotement traverse mes bras et redresse mes poils, mais je suis habitué à cette douleur. Je ne la remarque même plus. Je sors ensuite une minuscule flûte à deux sorties d’air de ma poche. En bouchant certains orifices, la flûte reproduit le cri d’un oiseau nocturne. Le signal. Trois ombres s’approchent doucement et passent dans le trou dans la barrière comme un unique courant d’air. Puis ils détalent à toute allure. Repérés par les soldats allemands, le groupe se fait canarder pendant quelques secondes. Le temps qu’ils rechargent, les fugitifs, déserteurs et réfugiés se seront enfoncés dans l’obscurité et devenus inatteignables. Je n’ai plus qu’à replacer la grille et filer en vitesse.
Je marche vers l’est, jusqu’à trouver une tranchée dans laquelle coule un ruisseau. Je me laisse glisser depuis le bord et atterri dans le creux, les pieds dans l’eau. Je n’ai plus qu’à suivre le courant pour retrouver ma maison.
Je suis passeur depuis deux ans. Je permets aux citoyens belges et à certains soldats allemands dégoûtés par la guerre de rejoindre la Hollande neutre pour un certain prix. Ils sont nombreux à vouloir une nouvelle vie là-bas. Moi, j’attends la fin du conflit avant de reprendre ma route vers la France. Les champs de bataille à la frontière m’ont empêché de rejoindre l’hexagone la dernière fois.
Je ne peints plus beaucoup. L’activité de passeur est aussi lucrative que prenante. Il faut, tous les soirs, vérifier que les failles dans la frontière grillagée n’ont pas été repérés, et s’il le faut, en ouvrir de nouveaux. C’est long et dangereux, mais ça fait les pieds aux allemands. La peinture me manque, oui, mais je suis patient. Je mets tout ce que je gagne comme passeur de côté, je ne dépense que dans l’alimentation. Ainsi, une fois à Paris, je pourrais vivre assez confortablement avec ces économies, quoi que modestement, et me consacrer à l’art.
En attendant, je rejoins le dortoir où d’autres passeurs et futurs réfugiés dorment déjà profondément. Je m’installe dans mon lit, et à la lumière du briquet, je lis la dernière lettre reçue de la part d’Elke. Elle date de l’année dernière. Son premier enfant est né.




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MessageSujet: Re: Izaäk → sister, I remember...   Dim 24 Aoû - 12:24

j'adoooooore ce que j'ai lu jusqu'ici déjà bril

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MessageSujet: Re: Izaäk → sister, I remember...   Mer 27 Aoû - 23:07

Faut arrêter les personnages fous dingues avec Clémence, vraiment. Vous me désespérez ouin
En tout cas, j'ai hâte de voir ça en RP, ça va être vraiment... unique ! heart
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MessageSujet: Re: Izaäk → sister, I remember...   Jeu 28 Aoû - 11:30

Superbe personnage... Franchement. Wouah! En même temps cela ne devrait plus m'étonner, tu fais toujours des personnages de dingue Léa !

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MessageSujet: Re: Izaäk → sister, I remember...   

 

Izaäk → sister, I remember...

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