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 La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya

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MessageSujet: La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya   Dim 15 Sep - 12:33

Charles & Evpraksiya
La musique souvent me prend comme une mer !


Bienvenue dans le merveilleux sujet de Charles E. Duval qui va avoir l'honneur d'avoir comme partenaire Evpraksiya-Honoria Kniaz. Pour leur sujet, ils interdisent l'intervention d'un PNJ inoffensif qui pimenterait le rp et ils interdisent l'intervention de membres extérieurs qui passeraient par là. Ne sont-ce pas là des choix merveilleux ? L’histoire se déroule l' été à la nuit tombée alors que la météo est clémente. À présent, il est temps de laisser la parole au créateur du sujet : Charles se rend comme son habitude dans les bars clandestins qui le nourrissent, et tombe sur un pianiste hors pair qui le trouble plus que de raison. .



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MessageSujet: Re: La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya   Dim 15 Sep - 12:36

Assis à son bureau Charles tapait fiévreusement sur sa machine à écrire. Les mots s’encraient difficilement sur le papier tant l’encre arrivait à sa fin. Encore une fois il avait oublié d’en racheter. Il ne pensait à rien. Son esprit était vide. Un vide sans fond. Un puits de superficialité. Il se raccrochait à son existence par des sentiments qui lui semblait de plus irréel. Incapable d’aller lui parler, il se contentait faiblement de lui écrire des lettres pitoyables. Elle était douce et aimable, elle n’oserait pas le lui dire. Mais les cadavres de papier, l’encre séché sur ses doigts disaient bien la vérité. Il était un écrivain minable, un poète blafard, un homme sans vie. Sur son vieux bureau travaillé admirablement dans un chêne massif qu’il avait récupéré au banquier qui lui avait apporté l’argent pour se payer un tel endroit, traînait ainsi, sa machine splendide le raillant à chaque fois qu’il osait taper une lettre, du papier jaunie dont il ne prenait pas soin, ses cadavres encrés, un vers de vodka bientôt vide, une tasse de café encore pleine, presque froid, dont le liquide était trop claire pour que le café puisse être vraiment buvable, un cendrier qui crachait des cigarettes fumées jusqu’au filtre et un revolver, un revolver chargé d’une unique balle, comme toujours. Concentré sur sa machine à écrire il ne sentait pas l’âcre odeur de tabac, ni celle âpre du mauvais café froid mêlé à la poussière, et à une légère odeur de poudre qui flottait toujours dans son bureau depuis son dernier tire à blanc. Il releva la tête un moment, observa silencieusement les boiseries abîmés qui cloisonnait son antre, posa ses mains sur son bureau et se balança doucement sur les pieds arrières de sa chaise en récitant différent poème de Baudelaire. La lumière dérangeante le poussa à fermer les yeux alors qu’il fouillait sa mémoire pour trouver le poème parfait, les mots justes employés par un autre. Il aurait pu crier Eureka lorsque le poète s’imposa à son esprit, mais il se rabattit presque sauvagement à son bureau, tapant plus fort sur la machine pour faire imprimer ses précieux caractères. La machine ne saurait railler Baudelaire, ni même lui refuser d’imprimer ces mots. Dans un dernier élan capricieux elle céda au impulsion de son propriétaire, crachant sa détresse lorsqu’il lui imposa un dernier mot, sa signature. Charles repoussa la machine. Oui il irait acheter de l’encre. Demain. En attendant on l’attendait. Il finit son verre, qui traînait là depuis plusieurs heures... Ou hier soir... Cul sec. Il recula sa chaise dans un raclement désagréable et se leva, attrapa sa veste qu’il enfila non sans négligence. Là était toute la subtilité du style étrange de Charles. Dans sa stature régnait encore la droiture militaire qui l’avait imprégné pendant des années, dans son port de tête trainait un je ne sais quoi d’aristocrate, dans ses vêtements criaient la pauvre négligence de l’homme absent à lui même, dans ses yeux perlaient la ferveur brûlante d’un spleen omniprésent, sur ses lèvres riaient la folie suicidaire d’un homme qui n’a plus rien à perdre.

Au hasard des rues New Yorkaise Charles finirait bien par arriver là ou il le souhaitait. Son sens de l’orientation ne l’avait faillit, et l’instinct du buveur l’avait toujours ramené sur ses pattes. La ville s’animait doucement au gré des théâtres, et les New Yorkais sobre s’amusait paisiblement pendant que la nuit était encore jeune. Ce soir, alors qu’aucun poste ne l’attendait, il riait doucement de cette stupidité bienheureuse, de leur amusement simple. Que connaissait-il de la vie ses simples d’esprit, ses suiveurs de lois, ses culs de bénitier, et gens de bonne famille. Il devait savoir qu’on ne connait rien de la vie sans avoir bu, sans avoir vécu la vie, sans avoir connu la déchéance joviale de la vie, le spleen urbain. On ne vit pas sans rêve déchu, sans Jazz, Blues, musique. New York s’éveille la nuit, que faite vous si vous rentrez vous coucher dès que votre pièce est terminée ? Ainsi Charles marche au rythme de ses vers, des mots qui lui cogne dans le crâne, lui ouvre l’esprit, et s’étendent dans ses neurones comme une musique lascive qui le pousse au vice, et au suicide. Il est creux, il s’agace. Il ira se remplir. A la vodka, au gin et au whisky, peut importe, pourvu qu’il oublie... Oublie tout ce qu’il n’a pas déjà oublié. Oublie la dure vérité de l’oublie. Oublier. Tout oublier.

Au détour d’une rue, derrière une enseigne qui ne payait pas de mine, un peu délabrée, Charles se glissa dans le Crif Dog. Ce qu’il pouvait y trouver nul ne le savait, il n’avait pas l’air de se rassasier au hot dog avarié, ni même au très bon hot dog pour ce que ça voulait dire. Charles adressa un geste vif au gérant du restaurant, et se dirigea droit vers une cabine téléphonique, il s’étira lentement en saisissant le combiner et prononça les quelques mots qu’ils avaient entendus je ne sais ou. D’une de ses filles probablement. Les prostitués étaient de très loin les meilleurs espionnes du monde décadent, derrière leur cuisse chaude se trouvait toujours une mine d’information à ne pas négliger. Il arriva en sous-sol, la ou son coeur pouvait réellement se mettre à battre, la ou l’atmosphère était chargé de tabac et de liqueur, quand se n’était pas la sueur de fin de soirée qui te brûlait le nez. Et malgré cette totalité lourde et moite s’échappait une ambiance festive et joviale qui dansait fébrilement au rythme d’un piano. Comme à son habitude, Charles s’attacha au bar, assis nonchalamment sur son tabouret, il commanda une vodka, et fit mine de la siroter doucement en observant la plèbe. Dans la plèbe il y avait ses sauveurs, ceux qui d’ici quelques heures lui payeraient les verres qu’il ne pourrait plus s’offrir, ceux à qui il emprunterait quelques cigarettes qu’il ne leur rendrait jamais. Ceux à qui il n’adresserait tout bonnement pas la parole. A New York tout était légèrement plus facile. Plus difficile. Plus facile parce que les bars clandestins et la prohibition sonnait le glas d’une époque bien heureuse de fête cacher ou l’on ne sait clairement plus se limiter. Plus difficile parce que Charles ne parlait pas aussi bien anglais, qu’il ne parlait Russe ou Français, et que dans la langue américaine son charme faisait moins d’effet. Il repéra bien rapidement la silhouette fluette penchée sur son piano, ses doigts qui vibraient rapidement et si justement sur les touches, faisant danser les cordes et animant l’endroit avec une sensualité incroyable. Aussi loin qu’il s’en souvienne il avait toujours aimé le piano, il connaissait deux ou trois morceau qui lui venait surement d’une éducation oublié, mais sentait qu’au fond de lui il était plus un admirateur qu’un joueur. Finissant son premier verre et en commandant deux autres il se glissa sur le sol pour arriver jusqu’au piano, posant son propre verre devant lui, accompagnant d’une main souple le deuxième jusque devant le pianiste. «Pour votre talent» dit-il doucement dans un anglais cambré par un accent russe très prononcé. Il était toujours étonné de trouver cet accent étrange derrière son anglais maladroit. Après tout il ne savait guère parler Russe sans un accent français discret, pourquoi n’avait-il pas le même accent Français lorsqu’il parlait Anglais ? Cette question s’ajouterait sans doute à la longue liste des questions qui ployaient sur ses épaules. Et il n’y répondrait pas ce soir, clairement. «Vous devez l’entendre si souvent, ça doit être agaçant, mais vous êtes très certainement l’âme de ce lieu» continua-t-il dans un demi sourire, le regard absorbé par les doigts qui courraient sur les touches, il était comme fasciné, heurté par tant d’agilité.


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FONDA moonage daydream.
Pseudo + Prénom : ziggy stardust. / @girlcalledmercy / Clémence.
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Âge : vingt-deux ans.
Statut : fiancée contre son gré à l'élu de son cœur, Gabriel, selon un arrangement conçu entre leurs pères respectifs quinze ans plus tôt.
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MessageSujet: Re: La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya   Lun 23 Sep - 21:16

sous un plafond de brume ou dans un vaste éther
❝ La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile ❞

Le son mat d’un verre heurtant le bois usé du piano la tira pour la première fois de la soirée de ses improvisations chaotiques aux résonnances joyeuses. Elle leva des yeux incertains, presque étonnés de trouver autre chose devant eux que des touches monochromes. Vodka. Elle s’autorisa un large sourire dissimulé par les ombres que portait son chapeau de feutre sur ses traits fins, sans jamais cesser de jouer. Elle répétait mécaniquement une mélodie mise au point quelques secondes auparavant, comblant son manque d’attention par sa virtuosité. « Pour votre talent. Vous devez l’entendre si souvent, ça doit être agaçant, mais vous êtes très certainement l’âme de ce lieu. » Son sourire s’agrandit, animé par les pensées tendres qui la traversaient comme à chaque fois que son esprit la ramenait à Gabriel. Il le lui disait souvent ; elle était l’âme de ce lieu. Elle représentait ce bar, cette cave intime, aux relents de danger et de plaisir.  Ce piano était désormais le sien, ne répondant qu’à ses mains et à celles de Gabriel, et elle se plaisait à passer la plupart de ses soirées ici, à attendre la fermeture du PDT et les heures où elle se retrouvaient seule avec son fiancé. Ce rythme fout, fait d’alcool, de jazz et de fumée, était de qu’elle avait toujours désiré. Elle vivait au cœur de l’illégal, du vice, et elle aimait ça.
Sa main gauche abandonna le piano un instant, le temps de porter le verre à ses lèvres et d’ingérer la moitié de son contenu aux odeurs de Russie, puis reprit sans transition.  Si elle n’avait pas levé les yeux vers la voix masculine qui lui avait offert cet énième verre, elle avait remarqué la musicalité de tons slaves dans un Anglais hésitant. Dans une exclamation joyeuse, la voix brisée par la brûlure de l’alcool et les cigarettes, elle lança dans un russe naturel :  « De la vodka, merci ! Et vous savez, on ne s’en lasse jamais vraiment. » Il était vrai que les commentaires enthousiastes sur sa musique étaient nombreux, et qu’elle n’y prêtait guère attention, mais ils lui arrachaient toujours un remerciement sincère si accompagnés d’un verre de vodka. Sans varier sa mélodie, elle reprit : « Je suis à vous dans une minute. »

Sa voix était celle trop aigue d’un homme, trop grave et ravagée pour appartenir à une femme. Ses traits féminins étaient masqués par un costume de laine sombre qui cachait mal sa frêle carrure, et son chapeau projetait des ombres qui accentuaient encore les ombres de son visage. À bien la regarder, on ne pouvait guère douter plus longtemps de son véritable sexe. Ses joues étaient roses, rougies par l’alcool, la chaleur et le plaisir continuel de ces soirées, de même que ses lèvres pleines. Un éphèbe, donc, la définition même de l’androgynie. Les habitués la reconnaissaient, l’appelaient Kniaz et riaient du quiproquo. Les autres s’interrogeaient trop pour réellement apprécier la dextérité de ses doigts, qui se lançaient désormais dans une dernière phase d’apothéose véloce. Les applaudissements fusèrent alors qu’elle se levait du tabouret de velours râpé et fatigué, esquissant une courbette qui suscita quelques rires teintés de whisky. Elle attrapa son verre d’une main à laquelle on reconnaissait l’habitude du geste et descendit de l’estrade vers cette nouvelle âme généreuse.  « Cigarette ? » demanda-t-elle, tirant son étui de la poche de son veston et plaçant l’objet de convoitise entre ses lèvres.  Elle craqua une allumette sans attendre de réponse et inspira une bouffée salvatrice, soupirant d’aise à la vue de la braise rougeoyante.  « Alors » murmura-t-elle en russe, la voix étranglée par la fumée retenue dans sa gorge, « Comme ça vous êtes Russe. » Elle souffla, admirant les volutes gracieuses de fumée d’un regard  brillant qui ne laissait rien perdre du nombre de verres ingurgités ce soir-là. Il était déjà tard, elle jouait sans interruption depuis plusieurs heures maintenant. Ses mains ne connaissaient plus ni les crampes ni la lassitude, et le piano était devenu une extension naturelle et organique de ses doigts. Ces soirées s’envolaient toujours trop rapidement, emportées par des vagues de whisky et de jazz. Le contraste avec le reste de ses jours ne s’exprimait que par un brouhaha absent lors que ses moments silencieux avec Gabriel, embaumés seulement de piano, parfois de violon, ou du son sec d’un gramophone.

Ici, le temps se suspendait avec les éclats de rire, les exclamations des femmes dont les jupes se soulevaient avec de grands cris aigus et les longues plaintes d’un trompettiste occasionnel. Ce monde, pitoyable, était le sien. Ce bar était le sien. Et elle se plaisait à les contempler, un sourire aux lèvres, à la fois détachée de la foule et le centre autour duquel tous gravitaient.
Elle n’était pas assez éméchée pour prêter réellement attention à son interlocuteur, malgré les nombreux verres de whisky irlandais et de vodka au goût tristement américain. Elle termina son verre d’une traite, sa gorge accueillant la brûlure familière de l’alcool avec plaisir et ses sens s’éveillant avec chaque nouvelle gorgée.  « Deux autres ! » lança-t-elle au barman, qui savait sur quelle note placer ses commandes. Il savait où disparaissaient ses meilleures bouteilles tard le soir, après son service, et il était chargé de les récupérer le lendemain dans un bureau en désordre empli de verres vides.
Elle tendit le bras vers le comptoir sale et humide et attrapa les deux verres, tendant en un à son admirateur russe. « À la votre ! reprit-elle dans sa langue natale. « Motya. » annonça-telle, se présentant selon le premier prénom mxite qui lui vint à l’esprit. « Et vous ? »
Elle avala la moitié de son verre, songeant qu’il lui faudrait sûrement prendre une bouteille.

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PRÉSENCE TRÈS RÉDUITE. and who are you, the proud lord said, that i must bow so low ? only a cat of a different coat, that's all the truth i know. in a coat of gold or a coat of red a lion still has claws, and mine are long and sharp, my lord, as long and sharp as yours. and so he spoke, and so he spoke, that lord of Castamere, but now the rains weep o'er his hall, with no one there to hear.
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MessageSujet: Re: La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya   Lun 30 Sep - 15:57

Charles n’était personne. Charles pouvait être n’importe qui. N’importe qui, et dire n’importe quoi... Personne ne pourrait vérifié ses dires... Il était un orphelin de mémoire. Un orphelin de vie. Plus rien ne l’attendait nul part. Personne ne le cherchait. Enfin on ne le trouvait pas du moins. Charles avait toutes les portes qui lui était ouverte. Et pourtant il se bornait toujours à vouloir ouvrir celle qui lui était inaccessible. Il se fichait d’être n’importe qui. Il voulait être Charles, et Charles lui échappait. Littéralement. Il n’y avait que Baudelaire qui lui faisait échos. Mais il n’était point ce Charles là. Il n’était même pas sa pâle copie. Il n’était rien. Et seul la liqueur semblait pouvoir lui donner une identité. Abîmé dans les effluves de l’alcool, de la cigarette, se laissant glisser au gré des touches, et des airs de piano, Charles observait. Le regard déjà légèrement embué, la tête lourde des premiers émois de l’alcool. Un chapeau trop grand qui mange un visage qui se promet ravissant. Des doigts trop fin pour être masculin, mais Charles ne réfléchit pas. Omnibuler par la musique qui s’échappe du piano sur lequel il est désormais appuyer il ne parvient à penser à rien d’autre. A rien d’autre qu’au vide qui l’étrangle. Il ne tardera pas à oublier. Son cerveau lui fait toujours défaut, et sa mémoire s’évide sous la liqueur. Il n’est plus qu’un passoire, un vieux saladier perforé par la guerre qui laisse s’échapper ses souvenirs dans le font des bouteilles. Il n’est pas grand chose, il est misérable. Mais heureusement pour lui... Parfois, un verre à la main, on ne s’en aperçoit pas. Il peut être charmant. Il complimente. Parce que bien parler il maîtrise. En Français, en Russe, en Anglais... En Anglais il n’aime pas cela, mais il s’en sort. Ce n’est pas naturel cependant. C’est forcé. Mais il le fait. Parce qu’il n’à pas le choix.

« De la vodka, merci ! Et vous savez, on ne s’en lasse jamais vraiment. » La voix était charmante. Peut être était-ce l’accent slave qui venait teinté dans ses oreilles qui rendait la musicalité de la voix si délicieuse. Il n’avait pas fait attention aux accents trop aigus pour être ceux d’un homme. Il avait entendu les cigarettes et l’alcool, il s’était entendu parlé anglais... Presque la même chose. Le même accent caractéristique de la Russie, les mêmes vices qui semblaient être d’époque. Et oui on ne se lassait pas de la vodka... Jamais. Bien sûr... Il savait... Ce n’était pas ce qu’il voulait dire surement. Mais on ne pouvait se lasser de la vodka. Il semblait être russe. Il devait le savoir. Il avait tapé juste. « Je suis à vous dans une minute. » Charles hocha doucement la tête, trempant lui même ses verres dans le verre qu’il s’était amené. Il ne mit pas longtemps à cogner le fond du verre. C’était comme ça. Il butait sur la fin. Comme un con. Un abrutit qui en veut plus. Qui a besoin de plus. Et qui s’imaginait encore que le verre était plus grand. Bêtement, il admira la courbette. Trouvant quelque chose de beau dans cette grâce fragile, et peu commune chez un homme. On le trouverait ridicule de ne pas s’en rendre compte. Au fond il devait savoir. Mais Charles n’était plus si à l’aise que ça avec les femmes qui n’étaient pas ses filles. Il parlait mieux aux hommes, pour une obscure raison. Peut être parce qu’il n’avait pas besoin de faire semblant avec un homme. Il voyait tant d’homme draguer les femmes qu’il ressentait le besoin de faire la même chose. Mais il ne voulait pas de ses femmes. Il ne voulait pas les draguer. Il voulait cette actrice, Louise. Il ne voulait qu’elle. Parler aux autres lui semblait tout à fait indécent. Un homme c’était différent. Il ne se passerait jamais rien avec homme... Il pouvait être naturel... Etre lui même. Peut importe qui était ce lui... « Cigarette ? » Il observa les gestes et vit glisser l’étui dans la main fine de l’homme. Il avait de très belle main. Normal pour un pianiste, on ne pouvait espérer mieux. Il hocha doucement la tête. «Merci» dit-il en glissant ses doigts plus maladroit pour saisir la précieuse. Charles sortit fébrilement un vieux briquet à essence qu’il se traînait depuis la Russie. Il l’avait gagné pendant les derniers mois sur le front, contre un homme fatigué qui avait voulu jouer à la roulette russe pour pouvoir rentrer chez lui... Charles avait gagné le briquet, et l’homme était rentré chez lui... Les pieds devants... Sale histoire. Mais Charles avait gagné son butin de guerre. Il alluma la cigarette faisant claquer les étincelles. « Alors. Comme ça vous êtes Russe. » Charles ne put s’empêcher de fermer les yeux. Profitant de la pureté de la langue. Il aimait ces sont slaves, ses enchaînement de son guttural, ses consonnes mouillées par ses voyelles langoureuses. S’il était Russe ? Non... Pas du tout... Mais il pourrait l’être. Il pourrait le dire... Il pourrait mentir... Qui viendrait le contredire ? Il avait un russe presque parfait. Si l’on oubliait l’accent du moins. Sinon on ne trouvait pas de faute dans son vocabulaire. Mais son accent slave ne dépassait pas l’anglais. Malheureusement. Il aimait bien l’accent slave. Non pas qu’il n’aimait pas l’accent Français. C’était charmant, même si ça l’avait plutôt desservie en Russie. Les anglais aimaient bien l’accent Français... Dommage qu’il ne l’ait pas en anglais cette accent. Heureusement pour lui, il n’avait pas d’accent anglais lorsqu’il parlait Français et avait au moins une nationalité qu’il pouvait feindre sans être ridicule. En même temps... il était probablement Français... Donc ça ne faisait pas de grande importance. Enfin... Il ne pouvait pas se faire passer pour un russe. Il aurait aimé. Mais il était russe. L’homme féminin en face de lui l’était très surement. Sa manière d’agir, de parler, de descendre sa vodka... Il avait les mêmes, mais il avait vécu en Russie... Aussi longtemps qu’il puisse s’en souvenir il avait vécu en Russie. Ca ne comptait pas suffisamment pour un Russe, mais ça comptait suffisamment pour n’importe qui d’autre. Il gratifia l’homme en face de lui d’un sourire légèrement distant, passant sa main sur sa nuque comme pour essayer de se remettre les idées en place. Il lui répondit en Russe, trahissant furieusement son accent Français cette fois-ci. «Pas vraiment... Français plutôt.. J’ai vécu en Russie... Un certain nombre d’année...» Et qu’on ne lui demande pas combien... Il n’en avait aucune sorte d’idée... Si on essayait de faire des suppositions hasardeuses à partir du peu qu’il savait on pouvait supposé qu’il y était au moins depuis le début de la guerre. Soit en 1914... Mais il aurait pu y être bien avant. Il aurait pu aussi y être après si ça se trouve... Il devait y avoir des engagés en cours de parcours... Il n’avait pas forcément été soldat pendant les trois années de guerre... Non vraiment... Il ne fallait pas qu’il lui pose cette question. Il n’aimait pas qu’on lui rappelle à quel point il était un néant sans mémoire. «Mais vous l’êtes... de Moscou ?» Il avait été principalement là bas.... Mais qui sait... Avant la guerre il avait pu aller ailleurs, à Saint Petersboug par exemple. Il savait que c’était une belle et grande ville.

Son regard absent filait sur la foule, détaillait faiblement sans trop s’en soucier la silhouette trop féminine pour être celle d’un homme, trop masculine pour être celle d’une femme de la personne à laquelle il parlait. Il lâcha son regard filant à nouveau sur des sourires qui lui sautait à la gorge. Il connaissait ce sentiment. Le spleen qui l’envahissait péniblement. Cette brume froide qui le faisait couler de l’intérieur. Il avait besoin de boire. Besoin de ça pour sortir la tête de l’eau... Quelques instants du moins. «Deux autres !» La voix de l’homme retentit à ses oreilles lui sauvant la mise. Il regarda les verres glisser devant ses yeux, et avant même que ses lèvres n’atteignent l’alcool, il en ressentait déjà les effets. C’était stupide. C’était psychologique. Il savait qu’il allait aller mieux. Il savait qu’il serait bientôt saoul, alors il allait déjà mieux. Il saisit le verre que l’homme lui tendait dans un sourire. « A la votre !» Nouveau sourire. «A la notre !» répondit-il bêtement, dans un élan de niaiserie qui ne lui ressemblait pas. «Motya et vous ?» Motya... Pas mal... Charles avait une certaine expérience des prénoms russes pour savoir que ce nom ne l’aiderait pas à résoudre le mystère de l’homme femme. Ou de la femme homme. Enfin ce n’était pas comme s’il y avait vraiment fait attention. Quand à lui ? Charles... Ou Edgar... Il paru bêtement soucieux, ignorant encore sous quel angle il allait se présenter. Il n’aimait guère se présenter sous le nom de Charles. Charles était un homme sans histoire, sans souvenir... Charles était mort quelque part au fond de lui... Mais il n’aimait pas le prénom Edgar... Du moins pas autant qu’il n’aimait le prénom Charles. Charles c’était Baudelaire. Et quoiqu’il dise, il était Charles... La vie d’Edgar ne valait pas le vie oublier de Charles, il en était persuadé. «Charles.» finit-il par dire d’un ton semi-hésitant, semi-catégorique. Oui il s’appelait Charles. Et c’était bien la seule chose dont il pouvait être sûr. «Il est difficile de savoir si c’est votre musique qui est fascinante... Ou vous même... Je dirais votre musique tout de même... Et votre coté Russe peut être aussi. La Russie à toujours ce coté fascinant... Et pourtant c’est ce que je connais de mieux.» Normalement ça aurait du être Paris. Mais il avait oublié Paris. Oublié la France. Tout ce qu’il connaissait de la France était le port du Havre, et les cuites qu’il avait essuyé dans différente ville. A croire que Charles ne vivait que par ses cuites. Ses cuites et ses oublis.

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MessageSujet: Re: La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya   

 

La musique souvent me prend comme une mer ! Evpraksiya

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