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  JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart

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MessageSujet: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Mer 4 Sep - 0:11

Christian & Judith
my saving grave


Bienvenue dans le merveilleux sujet de Christian Walden qui va avoir l'honneur d'avoir comme partenaire Judith Lefebvre. Pour leur sujet, ils interdisent l'intervention d'un PNJ inoffensif qui pimenterait le rp et ils interdisent l'intervention de membres extérieurs qui passeraient par là. Ne sont-ce pas là des choix merveilleux ? L’histoire se déroule le 4 septembre à 12:15 pm alors que la météo est ensoleillée mais fraiche. À présent, il est temps de laisser la parole au créateur du sujet : Christian est rentré chez lui pour déjeuner le midi, tandis que son épouse Gladys est au travail et sa fille Liz est à l'école pour la journée. En se faisant cuire une poêle de légumes, Christian se brûle malencontreusement au niveau du ventre et la douleur peu supportable l'amène à contacter Judith qui elle saura sans doute quoi faire. Le voilà ensuite qui se dirige à son domicile...


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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Mer 4 Sep - 14:49

Il était si rare de voir Christian Walden rentrer le midi chez lui pour déjeuner seul. D'ordinaire, il préférait toujours rester au bureau, sans doute pour profiter de la compagnie de son épouse Gladys ou bien même de ses autres collègues, mais ce midi-là, la jeune femme n'était pas à l'agence, ce qui l'avait amené à rentrer pour profiter d'un repas préparé de son propre chef. Christian n'était pas un mauvais cuisinier, et pour preuve, sa fille Liz adorait les rares fois où ça lui prenait de cuisiner pour faire plaisir à Gladys. Ce midi-là, le jeune homme était en train de se préparer un assortiment de légumes cuits à la poêle sur un air de jazz. Riverside Blues de Louis Armstrong, un morceau récemment sorti dans les bacs et déjà l'un des favoris de Christian. Légèrement penché au-dessus de la poêle, il goûta une cuillerée de son plat et bien sûr sans le faire exprès, il tâcha sa chemise bleu ciel. « Merde. » Lâcha-t-il alors, énervé. Remuant une dernière fois les légumes à l'aide d'une spatule, il déboutonna en même temps sa chemise en vue de la retirer pour la changer. Et alors qu'il éteignait le feu et saisissait le manche de la casserole pour aller la poser sur la table, une espèce d'objet roulant glissa sous son pied et le fit perdre équilibre le temps d'une brève seconde. Le temps aussi pour lui d'approcher malencontreusement le bord de la poêle vers son torse partiellement dénudé. PSSSCHH. Le contact fut franc, trop franc et la douleur indescriptible. « Aïe !! » Cria-t-il cette fois-là, avec plus d'ardeur. « Bon sang ! » C'en était trop, la cuisine en avait contre lui ce midi-là ! Christian râla fortement après avoir relâché presque spontanément la poêle sur la gazinière. Le visage marqué par la forte douleur lancinante, il ne pouvait plus penser à rien si ce n'est au mal et à la marque en train de se former au niveau de son ventre. Elle devenait de plus en plus grande, presque de la taille d'une paume de main. Un trait était plus visible encore, sûrement le rebord de la poêle qui s'était un peu plus enfoncé dans la peau. Christian gémit de douleur et essaya de réfléchir à ce qu'il fallait faire. Sûrement mettre une pommade ou un onguent quelconque, et il n'avait pas la moindre idée du produit idéal, ni de où Gladys avait caché ces médicaments. Et c'est à ce moment-là qu'il repensa à elle, à cette femme qu'il savait être à New-York et qui saurait sûrement quoi faire. Avec un peu de chance, il ne la dérangerait pas... Précipitamment, Christian rechercha dans la poche de l'une de ses vestes le mouchoir sur lequel elle avait écrit l'adresse de son lieu de travail mais aussi son numéro. Et sans attendre, il se dirigea vers son bureau pour saisir l'engin approprié et appeler la jeune femme. Elle l'invita à se rendre sur son lieu de travail, ce qu'il accepta sans tergiverser, bien au contraire. Après avoir troqué sa chemise bleu ciel pour une blanche, Christian quitta son appartement et se dirigea à l'orphelinat. La douleur était toujours aussi vive et difficile à supporter, mais il se fit force. La simple idée de revoir Tsiporah améliorait son état.

« Bonjour, je viens voir.. Judith. Elle doit m'attendre. » A la seconde même où il allait l'appeler Tsiporah, le jeune Walden se souvint de l'avertissement de la jeune femme à propos de son prénom officiel. Bien sûr, il se doutait de la raison du choix de ce prénom plutôt que de l'autre. En cette époque d'après-guerre, tout était encore sensible et la décision de cacher sa foi juive était compréhensible. La jeune fille qui s'occupait d'accueillir les gens à l'orphelinat avait observé un instant Christian avant de prendre la parole. « Très bien, attendez ici Monsieur... ? » Il sourit vaguement. « Walden, Christian. » Finalement, elle quitta son bureau pour aller chercher la concernée sans doute. Alors il patienta tout en suivant la blondinette du regard. Là-bas au loin, il aperçut quelques enfants courir. Ceux-là étaient vraiment jeunes, ils ne devaient pas avoir plus de trois ou quatre ans. Tous ces enfants sans parents arrivaient-ils à être heureux ? A ne pas avoir peur, ni à craindre le futur ? Christian avait été éduqué avec la foi catholique et s'il ne se sentait pas autant en communion avec la religion que l'étaient ses parents, il gardait tout de même cet esprit charitable qu'ils lui avaient inculqué. Selon lui, Dieu ne pourrait pas grand chose pour ces orphelins, mais le commun des mortels lui le pouvait. Patiemment, il attendit que Tsiporah apparaisse parmi cette foule d'enfants.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Ven 6 Sep - 19:02



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Le regard de Judith était perdu dans la contemplation de sa réussite. En cette heure du midi, la centaine d'orphelins qu'elle hébergeait et éduquait tant bien que mal étaient tous réunis dans le grand réfectoire du bâtiment. Des dizaines de bénévoles et de cantinières étaient à leurs petits soins, remplissant les assiettes de chacun ou calmant les chagrins de certains. Les plus jeunes attendaient tranquillement leur tour en jouant dans la cour de l'orphelinat. Le brouhaha ambiant – les éclats de rire, le tintement des couverts, les rares cris – aurait pu déranger bien des oreilles mais il sonnait à celles de la française comme le doux son de l'insouciance. C'était son principal objectif au sein de l'orphelinat : que les enfants n'oublient certes pas leur passé et les difficultés qui avaient rythmé leur vie. Néanmoins, elle se battait tous les jours à New York pour qu'ils ne perdent pas de leur innocence d'enfant et qu'ils profitent de ces années légères avant que l'âge adulte ne frappe à leur porte. Elle savait qu'à partir de quinze, seize ans, elle n'était plus autorisée à les garder. Elle se devait de leur décrocher leur premier travail, un logement décent et une situation respectable. Elle s'inquiétait lorsqu'un adolescent passait pour une dernière fois les grandes grilles du parc pour s'évanouir à jamais dans Brooklyn. Elle en recroisait parfois dans la rue, certains lui suppliaient de revenir, d'autres étaient parvenus à faire leur trou dans cette si grande ville animée qu'était la capitale. C'était lors de ces moments simples comme le repas du midi qu'une telle nostalgie s'emparait d'elle et elle se sentait incapable de rester trop longtemps dans cette pièce gigantesque et pourtant si joyeusement habitée. Après une dernière recommandation, elle s'autorisa enfin à quitter les lieux. Au moment même où elle traversa le hall, le téléphone public de l'orphelinat retentit. Elle ne se faisait pas à cette nouvelle technologie typiquement américaine. En France, on usait encore des télégrammes et on ne se laissait pas des silhouettes toujours affolées des livreurs. Judith sursautait dès que la sonnerie tonitruante du téléphone envahissait tous les couloirs jusqu'au troisième étage. Elle se hâta jusqu'au combiné et elle manqua de défaillir une nouvelle fois quand elle reconnut la voix à l'autre bout du fil. Bien que déformée par quelques grésillements désagréables, la voix de l'anglais Christian était reconnaissable entre toutes. Même sous les explosions des bombes, elle serait encore capable de reconnaître ses cris. Une telle évidence lui procurait à la fois une sensation d'inconfort et de privilège. Elle dut se concentrer sur ses propos pour ne pas se perdre dans ses réflexions. Le séduisant trentenaire s'était brûlé en faisant la cuisine et demandait ses services d'infirmière. Aussitôt des souvenirs lointains resurgirent et Judith ne trouva pas la force de refuser. Elle l'invita à le rejoindre à l'orphelinat qui avait tout un bâtiment dédié aux soins des malades et autres petits bobos incongrues. Elle finit par raccrocher et sa main demeura un instant accrochée à l'écoutille. Son cœur s'était emballé, comme une habitude qu'il avait pris à l'évocation du soldat père de famille.

Un moment plus tard, Judith préparait sagement ses outils de travail. Sans avoir revêtu la tenue entière d'infirmière qu'elle avait porté nuit et jour durant la guerre, elle avait enfilé un tablier blanc qui était de rigueur lorsqu'on approchait un nouveau blessé. Elle n'oubliait pas les giclées de sang que ce tablier avait reçu, dont il l'avait épargnée et c'était une manie dont elle ne voulait pas se débarrasser. Elle avait glissé des épingles dans ses cheveux pour les maintenir en un chignon négligé. Elle hésitait à mettre la petite coiffe blanche qui retiendrait tout mèche rebelle mais elle décida que c'était trop cliché. Elle ne savait pas où Christian s'était blessé. Elle imaginait la main ou bien le poignet, c'est pourquoi elle n'ajouta qu'un rouleau de bandage dans le petit panier de fer. Judith se lavait les mains quand l'adolescente qu'elle avait assigné à l'accueil fit irruption dans l'infirmerie. Elle lui indiqua l'arrivée de Christian. Après une longue inspiration pour retenir ses joues de s'empourprer, elle finit par faire volte-face pour faire face à la demoiselle. « Amène-le jusqu'ici, Jane, il a eu un petit accident. Et quitte ton bureau pour le moment, on aura peut-être besoin de toi à la cantine. » Son ton était toujours délicat mais autoritaire. Elle aimait donner des ordres tout autant qu'elle savait que tout ce personnel avait besoin de cette ascendance respectueuse qu'elle avait sur eux. Elle ne s'en tenait rigueur si toutefois elle était parfois obligée de hausser le ton. Ladite Jane acquiesça d'un hochement de tête puis disparut derrière les grandes portes de l'infirmerie. Ces dernières s'ouvrirent de nouveau sur la silhouette de Christian. Jane ne se fit pas prier et s'éclipsa aussitôt, refermant derrière elle. « Christian. » Dit Judith avec un grand sourire presque taquin. « Quelle surprise. Vous n'étiez pas obligé d'aller jusqu'à la brûlure pour me revoir, vous savez. » Ajouta-t-elle avant de lui faire un bref clin d’œil. Elle s'était approchée de lui entre temps, plus lumineuse que jamais. Il fallait croire que la timidité des retrouvailles s'était évaporée et Judith se laissait juste aller à l'envie de le revoir, sans se poser de question. D'un geste rapide, elle tapota un lit infirmier à côté de l'homme pour qu'il vienne s'y asseoir. « Alors, il faut croire que la cuisine, ça ne vous réussit pas. En quoi puis-je vous aider, Walden Christian ? » Même assis, il était encore plus grand qu'elle. C'était peut-être d'âme adolescente de dire ça, mais elle ne se lassait pas de laisser courir ses yeux noisette le long de cette stature imposante.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Ven 6 Sep - 23:08

Patiemment et dans la douleur, le jeune Walden attendit l'arrivée de Tsiporah. Au lieu de ça, c'est la jeune fille qui revint vers lui pour lui indiquer de la suivre, ce qu'il fit docilement. Sans doute l'amenait-elle dans une pièce contenant du matériel de soin. C'est ce qu'il réalisa quand il vit le panneau infirmerie. Avant d'y parvenir, son regard zieuta les alentours et il constata que cet orphelinat n'était pas aussi triste qu'il l'imaginait. Ce n'est pas tant celui-ci qu'il imaginait triste, mais tous les endroits de ce genre. Sans doute était-ce un cliché. La blondinette tira la porte de l'infirmerie et Christian se retrouva alors face à Tsiporah. Instantanément, un sourire se forma sur ses lèvres, quand bien même la douleur le lancinait toujours autant. Il n'était pas un homme qui se plaignait facilement et les femmes de son entourage étaient les premières à avoir toujours apprécié ça de Christian. Le fait qu'il ait participé à une guerre n'y était sans doute pas pour rien... La jeune fille qui l'avait amené jusqu'à la gouvernante repartit et le grand brun s'approcha poliment d'elle en souriant difficilement. « Croyez-moi, j'aurais préféré ne pas me brûler, quand bien même ça m'aurait privé de vous voir. » Un léger rire s'échappa de ses lèvres. Il l'observa tendrement, c'était plus fort que lui. Tsiporah lui plaisait toujours autant, malgré le fait qu'elle soit vêtue d'une tenue loin d'être séduisante par définition. Mais cela importait peu car ce qui retenait l'attention de Christian, c'était son visage, la douceur de ses traits et de ses gestes. Lorsqu'elle posa sa main sur le lit pour l'inviter à s'y asseoir, il marqua un temps d'hésitation très bref. Sans pouvoir contrôler ses pensées, l'ancien soldat se remémora ces quelques journées qu'il avait passé sur un lit de ce genre - quoi qu'il devait être beaucoup moins molletonné - et à la douleur qu'il ressentait à ce moment-là. C'était bien pire que ce qu'il subissait avec cette brûlure et pourtant, il avait réussi à se laisser séduire par le charme de l'infirmière. Comme quoi l'amour et l'attention des femmes sont toujours plus puissants que la guerre. Reprenant ses esprits, Christian s'avança vers le lit et s'y assit, avant de répondre à la jeune femme qui était de bonne humeur semblait-il. « La cuisine me réussit bien, que dites-vous ? C'est juste une suite d'événements infortuits. » Serrant la mâchoire, il était visiblement gêné. Elle allait rire de lui sans doute. Et sans doute ne s'attendait-elle pas à ce qu'il se soit brûlé au ventre... Oui, Christian était gêné. Mais parce qu'il le devait, il se força à prendre de l'assurance. Il commença à déboutonner sa chemise, tout en remontant son regard vers elle. « Ne riez pas. J'étais en train de faire cuire une poêle de légumes. Je me suis tâché en voulant goûter et donc j'ai ouvert ma chemise, pensant l'ôter juste après. Et c'est au moment où j'ai attrapé la poêle que j'ai marché sur un jouet à Liz. Je ne vous fais pas de schéma, la poêle m'a fait du rentre-dedans. » L'avant-dernier bouton, puis le dernier... Il écarta les pans de sa chemise et quitta le regard timide de Tsiporah pour observer la brûlure assez imposante qui hurlait au niveau de ses abdominaux. C'était assez moche mais... « Vous avez vu pire... Mais je ne savais vraiment pas quoi faire. Je ne sais même pas où mon épouse cache ses médicaments... Alors j'ai pensé à vous. » C'est en attendant qu'elle réponse que Christian sentit sa gêne se transformer en un sentiment étrange, totalement différent. Il n'aurait su poser de mots sur la situation et pourtant, il eut l'impression de faire quelque chose de mal. Et à la fois, quelque chose de si apaisant. Être avec elle suffisait pour l'apaiser, tout simplement. Il arriva à sourire au bout d'un instant silencieux. « Qu'en dites-vous, mademoiselle ? Vous pouvez m'aider ? »
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Sam 7 Sep - 16:58



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C'était insolite de recevoir Christian dans un lieu où on l'avait toujours connu sous son pseudonyme américain. Dès qu'il était présent, elle n'était plus la Judith qu'on connaissait, la Judith gouvernante déterminée et maîtresse de cette institution publique. Tsiporah refaisait surface plus aventureuse qu'autrefois, en quête de cette sensation de liberté qu'elle avait ressenti lorsqu'elle vivait encore en France. Elle avait brutalement la sensation de jouer un rôle au quotidien, un rôle qui finalement ne lui seyait pas tant que ça. Le regard du soldat était si troublant et paraissait percer sa véritable personnalité sitôt qu'il posait les yeux sur elle. Après une décennie de désarroi, elle pouvait enfin mettre des mots sur cette timidité qui l'avait envahie quand l'homme était arrivé sur ce brancard, blessé sur et dans son être. Elle appréhendait sa venue avec moins de tourment mais intérieurement, tant de sentiments et d'émoi se mêlaient toujours dans un frissonnant désordre. Après l'avoir salué, elle avait innocemment plaisanté sur les véritables raisons de sa venue et le rire que sa boutade provoqua chez Christian la parcourut d'une agréable volupté. Son orgueil était très satisfait en cet instant, elle s'estimait heureuse qu'il n'ait fait appel à elle pour la moindre blessure. Une toute petite brûlure aurait été rapidement apaisée. Une poignée de minutes sous une eau tiède pour refroidir les tissus en surchauffe suivies d'une désinfection en règle aurait calmé la douleur et aidé à la cicatrisation. C'est pourquoi son esprit d'infirmière ne put s'empêcher d'imaginer une brûlure un peu plus conséquente. Après l'avoir invité à s'asseoir pour qu'elle ait une vue d'ensemble sur son corps bien bâti, elle l'interrogea sur ses activités qui avaient mené à ce malheureux accident. Tsiporah en avait profité pour répéter son nom de famille qu'elle apprenait pour la première fois depuis leur première rencontre. Maintenant qu'elle pouvait mettre un nom complet sur ce visage apollinien, son patronyme lui était plutôt familier. Elle l'avait déjà entendu dans les rues de New-York sans pouvoir se rappeler dans quel contexte. Avait-il tant réussi sur les terres américaine ou peut-être était-ce sa femme qui jouissait d'une réputation connue au sein de la ville ? Elle décidait de garder cette question pour plus tard. Alors que Christian clamait ne pas être mauvais en cuisine, la jeune femme haussa les épaules d'un air désinvolte. « Je ne puis vous soutenir dans cette affirmation, je n'ai jamais goûté à votre cuisine. » Malgré ses propos nonchalants, sous-entendait-elle qu'elle aurait voulu partager un repas avec lui ? Oh, ils avaient déjà partagé un déjeuner et même des dîners mais il fallait alors occulter les maigres rations déposées dans de vieilles assiettes ainsi que le goût insipide des aliments produits en période de guerre... Sa main s'était posée sur le rebord du lit, près de la jambe de Christian tandis que ce dernier commençait son récit. Mais dès qu'il se mit à parler, il entreprit alors de déboutonner sa chemise. Mais où diable s'était-il brûlé ?! Faisait-il partie de ces personnes excentriques qui ressentaient le besoin de cuisiner dans le plus simple appareil ? Elle écoutait difficilement les mots de l'homme, tant ses yeux étaient absorbés par le spectacle qui s'offrait à elle. Au fur et à mesure que les boutons sautaient lentement, un torse finement sculpté par les années de service militaire se dévoilait. Une fine toison se dessinait sur ce buste parfait et si elle ne s'était pas sentie observée, Tsiporah se serait certainement mordue la lèvre sous des pensées peu orthodoxes. Elle avait beau être très croyante, elle croyait tout autant dans les beautés et plaisirs de la vie et jamais ne s'était privée parce qu'elle n'était pas une épouse.
Quand la chemise glissa entièrement le long de ses bras, Tsiporah se décida enfin à détourner le regard. « Je ne savais pas que les poêles puissent être aussi agressives. C'est vraiment dommage d'abîmer... une si belle peau. » L'infirmière s'était rattrapée de justesse avant que ses pensées ne se traduisent en mots déplacés. Elle agrippa faiblement le drap blanc sous ses doigts pour reprendre contenance. Elle entendait déjà sa supérieure hiérarchique dans l'hôpital où elle travaillait autrefois la sermonner sur sa spontanéité parfois trop avenante. Elle finit par accorder son attention à la fameuse blessure. Si la brûlure n'égalait pas les grands brûlés qu'elle avait du soigner durant la guerre, elle n'était néanmoins pas négligeable. Plutôt étendue, la peau avait blanchi à l'endroit de l'impact, indiquant que la brûlure avait quand même atteint des tissus plus profonds que l'épiderme. Concentrée, Tsiporah posa une main sur le buste de Christian pour le repousser un peu, ainsi elle aurait une meilleure vue sur son ventre. Elle fronça légèrement les sourcils avant de relever ses yeux un instant vers ceux de Christian. « J'imagine votre douleur... » Les brûlures et les coupures étaient certainement les plus bêtes accidents mais également les plus douloureux. « Je suis désolée mais ça ne va pas être une partie de plaisir. Néanmoins je peux vous aider. D'ici une semaine, ça commencera à disparaître je pense. » Elle rompit tout contact avec son corps avant de lui ordonner : « Allongez-vous. » Elle lui adressa tout de même un sourire taquin, presque satisfait d'avoir une telle ascendance sur l'anglais. Elle disparut le temps d'amener son matériel. Elle se sentait galvanisée de se sentir à nouveau utile à la santé des gens et plus particulièrement à lui. Son métier lui manquait parfois et si elle offrait ses services régulièrement, l'orphelinat la retenait bien plus souvent à des tâches plus administratives. Lorsqu'elle revint à lui, elle avait les mains propres et fraîches. « Je suppose que vous n'avez pas eu le temps de refroidir tout ça ? » Dieu qu'il était beau. Au-delà d'un visage irréprochable, son corps était tout aussi beau, épaissi par la maturité mais toujours dans une forme olympienne. Nul doute que Gladys devait se vanter d'un tel mari.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Dim 8 Sep - 2:30

Tsiporah semblait dubitative quant aux talents culinaires de Christian. Évidemment, toute femme qui se respecte doute au premier abord de l'éventuel talent en cuisine d'un homme sans en avoir vu les qualités. Tant pis, elle manquait quelque chose. Et quand bien même le jeune Walden était quelqu'un de très avenant et sociable, il n'allait pas se risquer à commettre de faux pas. C'est en riant légèrement qu'il lui répondit. « Je vous aurais bien invitée à diner mais je ne pense pas que ce soit au goût de tout le monde chez moi. C'est dommage, vous resterez dans l'ignorance. » Dit-il gentiment en haussant les épaules, comme un enfant l'aurait fait. Sauf qu'il était bien loin de l'innocence d'un enfant et il ne voyait pas en Tsiporah une simple gouvernante. Non, lui voyait la femme qui se cachait derrière ses doux gestes soigneurs, derrière ses traits rassurants. Il voyait aussi en elle une force inestimable qui l'avait déjà attiré mystérieusement, il y a bien longtemps. Les années étaient passées et il s'était forcé à oublier ces quatre horribles années de sa vie, parce qu'elles n'étaient en rien agréables. Pourtant elle avait été une touche d'espoir et d'amour et ça jamais il n'avait pu l'effacer complètement de sa mémoire. Il avait fallu qu'il la croise dans ce parc il y a quelques jours pour que tous ces efforts soient ruinés en quelques secondes, sans même qu'il ne s'en rende vraiment compte. Tsiporah représentait bien plus qu'une soigneuse pour lui. Elle était une bienfaitrice sur de nombreux plans et il était heureux, bien en sa présence. Quand il se mit à lui raconter ses péripéties, il vit bien que le regard de la jeune femme suivait de plus près ses mains, en train de déboutonner sa chemise. Bien sûr, il avait l’œil mais il se retint de faire une quelconque remarque ou bien même un sourire déplacé. Il se contenta de raconter sa mauvaise aventure jusqu'au bout, et la remarque de Tsiporah le fit de nouveau sourire. C'est qu'elle avait de l'humour... Mais outre cela, il avait bien remarqué que ses joues avaient rosi, au fil des secondes. Christian était observateur et quoi qu'on en dise, il était un homme à femmes. « Il n'y a que les femmes pour dire ça... » Murmura-t-il suite à sa remarque sur sa belle peau. Il se fichait bien d'avoir une marque, le plus important c'était que la douleur s'efface. Alors il sourit et l'observa à l’œuvre. Quand la main de la jeune femme vint se poser sur lui pour le forcer à se redresser, Christian s'exécuta en silence et ne put s'empêcher d'afficher une légère grimace, en proie à la douleur. Il n'aimait pas se plaindre, mais celle-là était bien pénible. Ce n'était pas son genre pourtant d'être maladroit, cependant quand les jeux d'enfants viennent s'interposer, on ne peut rien y faire... Christian n'allait tout de même pas en vouloir à Liz d'avoir laissé trainer un de ses jouets. Tsiporah l'assura que ça n'allait pas être une partie de plaisir. Il s'en doutait, mais sa manière de l'annoncer ne le rassura pas tant que ça. Avait-il le choix, de toute façon. Il allait lui répondre mais elle le devança en lui ordonnant de s'allonger. Cela le fit discrètement rire, mais une nouvelle fois, il s'exécuta et s'allongea sur le dos. Le temps qu'elle aille chercher ses affaires, Christian ne pensa qu'à sa femme. Elle n'aimerait pas le savoir là, même s'il ne faisait rien de mal en soi. Ils s'étaient promis de rester unis pour le pire, pour le meilleur. Mais ces derniers temps, le meilleur était absent. Leur couple vivait des moments difficiles mais plus le temps passait, plus ils se rendaient compte chacun de leur côté que les moments difficiles étaient liés à quelque chose de plus profond qu'une passade. Et Christian redoutait toujours plus ce moment où Gladys l'accuserait de ne plus être celui qu'elle avait épousé, ni celui qu'elle voulait garder... La voix de Tsiporah le fit revenir sur Terre et il tourna son visage vers elle. « Non, en effet. Je suis venu directement, mais vous devriez en être plutôt flattée... » A nouveau ce sourire sur ses fines lèvres. Elle s'approcha de lui et inspecta à nouveau la brûlure, tandis que lui se contentait de l'observer. Pourquoi était-il tenté de jouer avec le feu en la regardant ? En sentant ses doigts caresser son torse... Mais non, non elle ne faisait que le soigner. Alors pourquoi tout cela avait-il un arrière goût d'adrénaline ? C'est étrange, il ne pensait presque plus à sa brûlure, tout à coup. « Je ne vous ai même pas demandé si je vous dérangeais. » Dit-il gentiment, tout en observant ses faits et gestes. Cela dit, son regard ne resta pas longtemps sur ses mains et bientôt, il se redirigea sur son visage concentré. « J'avais oublié à quel point vous êtes belle quand vous jouez l'infirmière. » Le terme "jouer" bien évidemment était à prendre à la légère, mais elle s'en douterait probablement. Subtilement, les commissures des lèvres de Christian se haussèrent suite à sa remarque, agrémentant ainsi la pointe de malice qui se profilait dans ses yeux. « Est-ce que je serai obligé de revenir pour vous faire suivre l'avancement de la guérison, ou cela suffira ? Enfin dans tous les cas, je vous fais confiance... Comme vous pouvez le voir ma blessure à l'épaule a presque disparu. » Une très fine et discrète cicatrice apparaissait encore sur son épaule, mais rien de bien frappant pour les yeux. Et si cette balle reçut symbolisait toujours pour lui la haine impardonnable d'un peuple, elle représentait aussi bien l'origine de sa rencontre avec Tsiporah. Sur cette pensée, le coeur de Christian s'arrêta soudain. Ce fut brusque et une vague de chaleur immense s'empara de lui sans qu'il ne puisse se contrôler. Pour cause, son poignet gauche était bel et bien toujours encerclé par ce bracelet bleu en cuir qu'elle lui avait donné dix ans auparavant avant qu'il ne reparte au combat. Sans doute ne l'avait-elle pas encore vu, bien trop captivée par sa blessure... Et fébrilement, Christian détourna son regard, espérant qu'elle ne le remarque pas. Que penserait-elle donc de ça...
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Dim 8 Sep - 22:22



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Le discours de Tsiporah était peut-être trop spontané quand elle s'adressait à Christian. Elle devrait probablement faire preuve de plus de retenue, d'autant plus qu'elle parlait à un homme marié. Les américaines étaient réputées pour être très jalouses et elles ne tergiversaient pas longtemps au dilemme de faire éclater le scandale. La française n'avait jamais eu autant de gros titres concernant les adultères d'une star de cabaret ou bien entendu les rumeurs selon lesquelles ce politicien respecté n'était pas aussi respectable et fidèle qu'on aurait bien voulu le croire. Elle savait que si ces mots tombaient dans les mauvaises oreilles, on aurait très bien pu interpréter ses doutes quant à son talent de cuisinier comme une subtile incitation à l'inviter. Il n'en était rien. Elle ne nourrissait aucun espoir et même si ça avait pu être le cas récemment, la simple vision de son alliance suffisait à convaincre de cette cause immorale et perdue d'avance. C'est pourquoi lorsque Christian lui signifia qu'elle resterait dans l'ignorance, elle se contenta de sourire poliment sans rien ajouter. Au fond, il n'en avait certainement pas envie. Qu'est-ce qui pouvait exister de meilleur qu'un repas en famille autour d'une table garnie en compagnie de la femme qu'on avait mariée et de la fille qu'on chérissait ? Sûrement pas un tête-à-tête avec une infirmière. Finalement, le soldat reconvertit avait fini par dévoiler sa vilaine brûlure tout en découvrant un torse de la meilleure fabrication. Malgré sa retenue, elle avait laissé courir ses yeux de femme sur ce corps sans craindre d'être aperçue. Personne n'était là puis n'était-il pas là pour qu'elle panse à nouveau ses blessures ? Néanmoins, outre cette atmosphère formelle, régnait une ambiance plus singulière avec cet arrière-goût de défendu. Tsiporah avait toujours été en quête d'aventure malgré sa condition de femme et elle avait l'impression d'en vivre une à cet instant précis. Tant de règles, de censure, d'attrait et de tentation se mêlaient en une adrénaline des plus délicieuses. C'est pourquoi l'infirmière ne se démontait pas aux diverses réflexions de l'homme, y répondant avec un certain humour provocateur. « Il n'y a que les femmes pour le remarquer. » Dit-elle comme la plus banale des phrases. Certes les femmes étaient plus sujettes à la beauté extérieur, à des détails qui n'atteignaient même pas les rétines distraites des hommes. Mais Tsiporah se trouvait davantage attentive à son charme à lui, en effet... Elle lui expliqua ensuite ce qu'elle comptait faire pour le soigner, sans négliger la souffrance brève qu'il allait endurer. Il s'exécuta sans rechigner quand elle lui demanda de s'allonger, une docilité qu'elle trouvait plutôt séduisante. Elle s'en alla chercher ses instruments, en profitant pour se rafraîchir les idées. Elle ignorait où tout ça la menait, où ce combat intérieur pouvait bien aboutir. Elle n'aimait pas se poser de questions. La voix judicieuse et énigmatique du Dr Abramovitch lui revenait en tête. Il lui avait souvent répété d'agir comme elle estimait le mieux, de ne pas hésiter à combattre le mal par le mal quand c'était nécessaire. Il avait correctement vu en elle l'indomptable que seul la guerre éprouvante avait su mater. Approuverait-il ce comportement, en apparence irréprochable ? Nul doute qu'il aurait notifié cette lueur pétillante, ces envies disparues que Christian avait ravivées. Tout n'était que trop troublant.

De nouveau face à lui, Tsiporah l'interrogea sur ses premiers gestes des suites de sa récente blessure. Il n'avait pas pris le temps de refroidir sa brûlure, préférant accourir jusqu'à elle. Mais comme il le signala avec assurance, elle s'en sentait en effet flattée. « Rassurer mon égo n'aide pourtant pas votre douleur. » Dit-elle sur un ton moralisateur. De nombreuses brûlures s'étaient résorbées tout en laissant une tâche dépigmentée, faute de premiers soins primordiaux. Elle ne tenait pas à ce que les abdominaux musclées de Christian ne soit marqués à vie de cette malheureuse mésaventure. Tsiporah laissait glisser ses doigts aux alentours de sa brûlure, vérifier jusqu'à quelle endroit elle s'étendait. « Non vous ne me dérangez absolument pas. C'est l'heure du repas, je n'existe presque plus dès qu'une assiette se présente devant eux. » Elle aimait plaisanter sur l'amour que lui portaient les petits orphelins. Parfois, cet amour était malsain, trop lié à l'absence d'une mère et parfois elle se devait de remettre les points sur les i. Mais dans l'ensemble, ils la considéraient tous avec respect et reconnaissance, c'était bien le mieux. Elle poursuivit son examen. Par chance, seule la douleur du traumatisme persistait et la chaleur avait arrêté de nuire aux tissus voisins. Soudain, la voix de Christian s'éleva pour souligner sa beauté lorsqu'elle officiait en tant qu'infirmière. Un sourire en coin apparut sur les lèvres de la jeune femme tandis qu'elle relevait un regard amusé mais dubitatif vers son visage. « Ah vraiment ? Pourtant... » Au moment même où elle parlait, elle en avait profité pour appliquer la compresse qui contenait un désinfectant assez chargé. Elle avait des solutions plus édulcorées – enfants douillets oblige – mais elle préférait mettre le paquet sur la sécurité quitte à tester un peu ses limites. Elle avait même joué sur le contraste entre son compliment et le mal qu'elle lui causait sans le vouloir réellement. Elle-même pouvait se montrer provocatrice à son tour. Néanmoins, elle n'en profita pas trop et s'empressa de nettoyer la brûlure pour empêcher toute éventuelle cloque à venir. Elle jeta ensuite la compresse légèrement jaunie dans la corbeille en fer. « Non ça suffira. Vous devrez vérifier si la brûlure blanchit encore. A priori, ça devrait finir par s'assombrir comme une coupure puis retrouver votre pigmentation originelle. » Lorsqu'il évoqua sa plaie par balle qui n'avait laissé qu'une fine trace, Tsiporah ne put s'empêcher d'y jeter un coup d’œil avec nostalgie. Elle se pencha au-dessus de lui, donnant l'occasion à une mèche de cheveux de s'enfuir de son chignon de fortune. « Le médecin a fait du bon travail... » Ajouta-t-elle avec un sourire. Mais brutalement, elle oublia tout quand ses yeux tombèrent sur un cuir bleu attaché à son poignet. Le bracelet qu'elle avait tissé alors qu'elle n'était encore qu'adolescente... Ainsi il l'avait gardé. Son cœur manqua un bond et elle se sentit toute étourdie. Elle s'était résolu à ce qu'il s'en soit débarrassé sitôt rentré auprès de son épouse. L'émotion la submergea mais elle n'était pas sûre qu'elle ne doive faire remarquer ce détail inattendu. Son attention s'attarda sur le bracelet sans qu'elle ne puisse s'en détacher. Sa main était restée sur l'estomac de Christian mais ça aussi elle semblait l'avoir occulté. Que signifiait cet attachement à ce bout de tissu chargé de sentiments, de non-dits et de souvenirs ? Tsiporah glissa lentement ses yeux vers les prunelles de l'homme à la recherche d'une réponse à sa question informulée. Qu'il la réveille, change de sujet, l'interpelle mais qu'il agisse.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Mar 10 Sep - 20:49

L'alliance que Christian portait sur son annulaire gauche représentait bel et bien son mariage, mais de quel mariage parlait-on ? D'une union qui allait mal, à tel point que le jeune homme ne pensait aux éventuelles remontrances que sa femme pourrait lui faire que d'un point de vue contrarié, embêté. Il aurait très bien pu se trouver gêné d'être là avec Tsiporah mais au lieu de ça, il faisait tout pour la mettre elle en confiance avec lui. Avoir un bon prétexte pour rester un peu plus avec elle, pour admirer toujours plus cette aura qui se dégageait d'elle, qui lui donnait envie de l'apprivoiser à nouveau comme il l'avait fait dix ans auparavant. Ce temps de guerre était révolu. Désormais, c'était avec l'âme pacifiée qu'ils se voyaient et pourtant, tout était plus subtile, plus compliqué. Et Christian en était bien conscient. Si les démons qui le hantaient toujours à propos de la guerre l'empêchaient parfois de vivre sereinement, c'était des démons diamétralement opposés qui le nuisaient ce jour-là, en compagnie de Tsiporah. S'en doutait-elle ? Et elle, que ressentait-elle ? Le grand Walden faisait tout pour ne rien laisser paraitre si ce n'est sa force habituelle et pourtant, il était troublé. Troublé d'apprécier autant être là, à ses côtés. C'était étrange et anormal, il le sentait bien mais se laissait porter simplement. Alors qu'il essayait de détendre l'atmosphère et de la flatter, elle se contentait elle de garder son sérieux, chose qui le faisait sourire comme un enfant insatisfait. Certes cette brûlure lui faisait mal, mais il avait connu bien pire. « Vous savez, ce n'est rien comparé à ce que j'ai pu vivre il y a quelques années. Je vais survivre, en espérant que ça cicatrise bien. » Son regard s'abaissa sur son ventre, sur les doigts de la jeune femme qui délimitaient la zone de la brûlure. Il pensa à tout ce qu'elle avait dû endurer pendant la guerre, à toutes les horreurs et tous les drames qu'elle avait dû voir dans ce camp de réfugiés. Selon lui, la guerre était une sale affaire d'hommes et si seulement elle avait pu ne rien voir de tout ça, il s'en serait bien contenté. Cela l'aurait même rassuré. Pourtant, c'était en partie grâce à elle qu'il avait gardé espoir. Son regard s'attendrit alors en remontant vers le visage parfait de la gouvernante. Elle l'assura qu'il ne dérangeait pas car l'heure était à la faim urgente des enfants. Lui qui vivait dans un confort particulièrement aisé, écouter cela le toucha sans doute. Quand bien même avoir de la pitié pour ces enfants n'aidait en rien, Christian aurait réellement souhaité voir un monde meilleur pour ces jeunes, tous trop jeunes pour perdre leurs parents et pour finir dans un orphelinat. Heureusement que des gens comme Tsiporah étaient là. Christian était persuadé que Liz ne saurait jamais ce qu'est le sentiment d'abandon tel que tous ces enfants pourraient eux le ressentir toute leur vie. Elle aurait ses problèmes à elle, mais ils n'auraient pas la même ampleur, pas le même aspect dramatique. Cette fillette était tout pour son père mais ce dernier n'en oubliait pas le reste du monde. Il sourit doucement avant de répondre. « Alors je me suis brûlé au bon moment. Je ne vous vole à personne comme ça. » Il accentua sa voix sur le mot "voler" pour bien marquer l'aspect plaisantin du terme. Elle devait être comme une mère pour tous ces enfants... « Vous devez beaucoup vous attacher à toutes ces petites têtes, n'est-ce pas ? De quoi ôter l'envie d'avoir ses propres enfants peut-être. » Finit-il par dire dans la plus grande simplicité. Et quand il souligna sa beauté, il apprécia grandement son sourire en coin et ses premiers mots, jusqu'à ce qu'une sensation assez vive et piquante vienne remplacer la satisfaction. Un gémissement peu retenu s'échappa de ses lèvres tandis qu'une grimace furtive s'était installée sur son visage. Mais il se reprit bien vite pour rire nerveusement. « Et bien si c'est le prix à payer pour vous complimenter délibérément... C'est bon à savoir. » Les hommes sont parfois quelque peu masochistes, c'est bien connu. Tsiporah lui montrait son répondant par des gestes autant que des mots, ce qu'il semblait apprécier, bizarrement. Elle l'assura que l'état de sa brûlure devrait s'améliorer de jour en jour et il lui laissa comprendre qu'il avait entière confiance en elle. Pour preuve, ce traitement à son épaule qui avait très bien fonctionné. Christian la laissa observer le résultat non sans humer la délicieuse odeur de la jeune femme au passage. « Très bon même... » Mais il s'arrêta net de parler quand il remarqua où son regard se dirigeait. Ce qu'il redoutait arrivait. Son inconscience le frappait de plein fouet et il dut vraiment faire des efforts pour garder son sang-froid, pour ne pas rougir aussi peut-être. Non, Christian était fort, il allait s'en sortir... Ses yeux fixèrent ceux de Tsiporah qui s'orientèrent vers lui brusquement. Elle avait l'air sonnée, chamboulée. C'était compréhensible... mais tellement embarrassant. Le jeune homme en oublia même la fine main de la gouvernante sur son ventre. Finalement, la solution qui lui parut la plus honorable fut la spontanéité et la sincérité. Il n'y avait aucun jeu à jouer dans cette situation, aucune simulation à faire. Prenant une bonne inspiration, Christian se redressa sur le lit pour finir le dos droit, face à elle. Tandis que son regard s'était abaissé sur son poignet et sur ce cuir bleu marine, un sourire en coin triste s'esquissa sur ses lèvres. « Ce n'est pas comme si je n'avais jamais voulu l'enlever, mais vous voyez, parfois même un homme de trente ans passés a encore besoin de quelque chose à quoi se raccrocher. » Comme pouvait-il dire le plus honnêtement possible tout ce que ce bracelet représentait pour lui ? Cela revenait à lui dire ce qu'il avait sur le coeur, ce qui l'avait suivi toutes ces années d'après-guerre, sans qu'il ne cherche vraiment à poser des mots dessus. Mais là, il n'avait plus le choix. Ses prunelles remontèrent vers celles de la brunette finalement. « Ce bracelet représente beaucoup pour moi Tsiporah. Je n'étais pas très démonstratif à l'époque, et je ne le suis d'ailleurs toujours pas, mais j'avais besoin d'espoir. On ne croit plus à l'homme quand on est sur le front et grâce à vous, je n'ai pas perdu la tête. C'est fou à dire. Mon épouse n'a jamais compris et pourtant Dieu sait ce qu'elle a essayé toutes ces années. Mais il n'y a que vous pour comprendre tout ça, vous serez toujours la seule. Et c'est pour ça que je l'ai toujours laissé là où vous me l'aviez mis. » Murmura-t-il doucement en relevant son poignet. Les secondes s'écoulèrent silencieusement. Il l'observa, tenta de comprendre ce à quoi elle pouvait penser. Ce qu'il redoutait, c'est qu'elle prenne peur, qu'elle soit trop noyée dans ces explications. Quelle conclusion devait-elle tirer ? Il ne le savait pas lui-même, tout ça était bien trop intriguant. « Dites quelque chose, Tsiporah. Je n'aime pas ce silence. »
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Jeu 12 Sep - 21:55



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Tsiporah savourait ce contraste entre le Christian brûlé mais parfaitement détendu et elle-même qui tentait de garder son sérieux malgré son amusement. Autrefois, c'était elle qui avait détendu l'atmosphère, avait débité mille anecdotes incongrues et histoires drôles dans l'espoir de le faire oublier son état de grand blessé. Sa mine sérieuse dénotait avec ses yeux brillants. Elle appréciait tellement ce moment et aurait aimé prendre soin de lui des heures pourvu qu'il ne disparaisse pas à nouveau dans la nature. Après tout elle n'avait aucune idée d'où il pouvait bien habiter bien qu'elle supposait qu'il faisait partie des beaux quartiers. L'anglais affirmait qu'il avait vu et supporté bien pire dans son passé ce dont elle ne doutait pas. Elle pensait parfois que leur génération n'avait pas mérité ça, qu'ils avaient été bien tombé alors que des décennies durant la paix avait réchauffé l'Europe. Elle avait encore du mal à croire qu'un pays voisin veuille autant de mal à sa nation, rien que pour des idéaux auxquels elle n'adhérait pas. Quand elle regardait les orphelins jouer dans la cour de son établissement, elle priait alors pour que jamais il n'ait à connaître ça. L'unique bénéfice qu'avait bien pu lui apporter cette Grande Guerre se tenait face à elle et il provoquait toujours ce flot de confort qu'elle ressentait auprès de peu d'hommes aujourd'hui. Elle se promettait alors de ne jamais avoir de tels regrets comme elle avait pu avoir depuis. Le laisser partir encore ? Elle n'était même pas sûre de pouvoir le supporter. Quand Christian s'estima heureux de ne l'avoir volée à personne, Tsiporah mit le dos de sa main devant sa bouche pour retenir un rictus. Les enfants ne devaient même pas avoir remarqué sa présence. Ils s'inquiéteraient d'elle une fois le réfectoire quitté, lorsque l'ennui et la crainte referaient surface dans leur petit être fragile. Elle stoppa un instant ses gestes pour réfléchir à l'hypothèse de Christian. En toute vérité, elle n'avait jamais songé à une possible maternité. Son instinct maternel était comblé chaque jour, si bien qu'elle ne ressentait pas le besoin d'être mère. Peut-être avait-il raison. Elle haussa les épaules sans regarder le père de famille. « Non bien sûr que j'aimerais avoir des enfants. Mais je ne suis pas assez confiante en mon avenir pour planifier ça. » A l'aube de ses trente ans, elle était encore célibataire, dédiait ses jours et ses nuits à la gestion de l'orphelinat. Que lui restait-il pour la passion ou sa vie personnelle ? Elle s'était bien échappée quelques fois pour rejoindre les bras de Clay mais maintenant qu'elle essayait de mettre de la distance entre eux deux, elle n'était plus certaine de vouloir rester seule. Un bien triste paradoxe... Christian l'avait ramenée sur terre avec un compliment des plus délicieux comme des plus gênants. Elle avait décidé de jouer la carte diabolique mais lorsqu'un gémissement de douleur sortit de sa bouche, elle relâcha immédiatement la pression. Elle n'était pas une femme docile, pas autant que ses américaines qui se laissaient charmer par des courbettes et des mots choisis. Mais ça l'anglais semblait bien l'avoir compris. Elle reprit son travail d'aseptisation avec un sourire qui trahissait son bien-être. Elle se sentait légère, portée par ce lien indéfinissable qui connectaient leurs âmes et leurs corps. Chaque geste porté sur celui de Christian ravivait des frissons légers à l'image d'une femme qui découvrait pour la première fois la beauté et l'attraction d'un corps masculin.

Mais ses idées frivoles furent bientôt étouffées dans l’œuf lorsqu'elle remarqua enfin le bracelet bleu toujours noué au poignet de l'homme. La française se figea comme si on venait de la percer à jour. Aussitôt, des millions de questions se bousculèrent dans sa tête mais elle fut incapable d'en formuler ne serait-ce qu'une seule. Elle n'avait pu que reporter son attention sur les yeux clairs de Christian, rejetant toute sa détresse sur lui. Quand il se redressa pour être à sa hauteur, elle laissa retomber ses bras ballants le long de son corps, immobile. Puis elle l'écouta, en silence, avec la plus grande vigilance dont elle était capable. La pause dans ses paroles ne fit qu’accélérer son cœur comme si elle craignait la vérité qu'il puisse lui révéler. Enfin elle fut appelée à réagir, Tsiporah balbutia à peine audiblement : « Je... Je ne sais pas. » Elle était profondément touchée par ses confessions d'autant plus que sa femme ne semblait pas avoir saisi le trouble qui l'avait habité durant toutes ces année post-guerre. « Je ne pensais pas que vous teniez autant à ce moment au camp de réfugiés. Après tout, cet endroit n'était qu'un mauvais souvenir pour votre régiment. A travers ce cadeau, j'avais dans l'espoir que jamais vous n'oubliiez ça, que vous ne m'oubliiez. » Douce orgueil lorsque tu nous tiens... « Et lorsque je vous ai revu au parc, je pensais m'être trompée, de n'avoir eu droit qu'à une illusion. C'était un remerciement, Christian. Si j'ai pansé vos blessures, vous avez également pansé les miennes. Vous m'avez permis de résister aux lendemains difficiles, de me rappeler ce sourire que j'avais pu dessiner sur votre visage meurtri. » Elle jeta un bref coup d’œil sur l'objet du délit. « Puis le bleu vous va à ravir. » Après lui avoir adressé un sourire rassurant, elle tourna la tête vers le petit chariot. Tout dissimuler derrière un sourire et un visage impassible alors que tout en elle la torturait, c'était une façade qu'elle maîtrisait parfaitement avec le temps. Elle déroula ensuite un long rouleau de bandage dont elle coupa la mesure nécessaire à l'aide d'un fin ciseau désinfecté. Voyant que le visage de Christian demeurait toujours renfrogné suite à cette découverte, elle se risqua à passer son pouce sur la joue faiblement barbue de l'homme. Y avait-il un malaise derrière tout ça ? « Je ne vous oblige plus à le porter si ça vous cause du trouble, il se contenterai aisément de votre boite à secrets. Levez les bras. » Enchaina-t-elle aussitôt tout en imitant le mouvement qu'elle lui demandait. Elle se pencha alors sur lui pour déposer le bout du bandage dans son dos puis en le maintenant le temps de quelques tours, elle entreprit d'enrouler le tissu autour de son ventre sur la blessure. « Ca ne sera pas très agréable mais au bout de quelques jours, il faudra laisser la brûlure à l'air. Ca semble stupide mais ça aide votre peau à se régénérer. » Lorsque Tsiporah releva la tête vers Christian, elle se sentit bien trop proche de son visage d'ange. Elle comprenait maintenant. Pourquoi diable avait-elle envie de s'approcher autant d'un homme marié ? Elle rebaissa la tête, confuse, puis continua son geste circulaire.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Dim 22 Sep - 16:20

Christian n'attendait pas de réponse ; il était persuadé d'avoir raison sur ce point. Mais il n'était pas une femme, il n'avait pas cet instinct maternel qu'il reconnut à Tsiporah quand elle insista sur le fait qu'elle voudrait des enfants. Elle avait beau travailler au milieu d'une centaine d'enfants chaque jour, elle gardait tout de même ce désir en elle... Le jeune homme reposa alors son regard sur elle, la reconsidérant tendrement. Derrière toute cette force, cette armure qu'elle s'était forgée pour veiller sur ces enfants, elle restait une femme comme les autres. Avec les mêmes envies, les mêmes besoins, chose qu'il découvrait petit à petit. Avant de changer du sujet, il se permit un vague sourire qu'elle ne remarqua sans doute pas, trop concentrée sur sa blessure.

Quand elle remarqua son bracelet en cuir bleu, Christian se raidit entièrement, gêné sans doute qu'elle découvre cette faille de lui. Car à l'évidence, s'il avait gardé ce bracelet autour de son poignet pendant toutes ces années, c'était un signe de faiblesse. Parce que Christian n'était d'ordinaire pas un homme superstitieux, et les croyances relevaient d'un grand mystère pour lui. Alors pourquoi était-il si embarrassé qu'elle le perce à jour ? Pourquoi sentait-il son coeur s'étirer dans tous les sens sous le regard de la jeune femme ? Elle ne comprenait pas, bien sûr... Comment le pourrait-elle ? Ce bracelet avait été noué à son poignet il y a presque dix ans, il était un homme marié et père d'une petite fille... Tout allait en apparence bien dans sa vie, alors pourquoi aurait-il eu le besoin de garder ce cordon alors qu'il aurait simplement pu le mettre de côté en revenant de la guerre ? Christian ne pouvait pas répondre avec précision à cette question. Tout ce qu'il savait, c'est que ce bracelet lui était cher, qu'il avait une symbolique très forte. Ce qu'il devait comprendre, c'est qu'il représentait bien plus que de l'espoir, il représentait surtout une femme. Pas n'importe laquelle. Une femme qui l'avait marquée profondément, à tel point qu'elle devait rester secrète. Difficilement, le jeune Walden tenta de se justifier. Et quand il y parvint enfin, il lui demanda de réagir, comme s'il était en détresse. Christian détestait être en situation de faiblesse de cette façon. Il aimait l'ordre, la clarté ; il aimait donner des ordres, diriger les choses. Mais là, tout était compromis à cause de ce bracelet. Si Tsiporah n'avait pas plus les manettes que lui, elle était néanmoins plus apte à diriger la tournure de leur conversation désormais qu'il s'était mis à nu pour elle. Doucement elle prit la parole. Hésitante d'abord, puis avec un peu plus d'assurance au fil de ses paroles. Il apprit qu'elle avait désirait qu'il ne l'oublie pas. Si seulement il avait pu, si seulement... Quand elle évoqua ce sourire qu'elle avait réussi à dessiner sur son visage meurtri, Christian souffrit en se rappelant ces instants. Si la jeune femme avait réellement était bénéfique pour lui, il se souvint alors qu'en ces temps difficiles, il avait tout fait pour la voir sourire elle, pour qu'elle ne dramatise pas en voyant son état car il y avait pire que lui. Il voulait qu'elle garde cette foi puissante qu'il avait deviné en elle, il voulait qu'elle garde toute sa force apparente pour sa vie future. Christian désirait plus que tout qu'elle se préserve pour des jours meilleurs. Les sourires qu'il lui avait adressé étaient francs et sincères, mais ils n'étaient pas si spontanés qu'elle devait le penser. S'il essayait souvent de raconter cette guerre à ses proches en la dédramatisant, il en gardait tout de même des séquelles énormes et jamais il n'avait autant souffert que là bas. Autant physiquement que mentalement. Il esquissa un faible sourire passager à la brunette quand elle l'informa que le bleu lui allait bien, mais ce n'est pas à ça qu'il répondit. « Je regrette que vous ayez du vous occuper de tous ces blessés. Vous étiez tellement jeune. » Il l'observa dérouler le bandage et poursuivit. « Je n'ai été qu'un homme de plus à soigner pour vous. Une victime en plus. En quoi cela vous a-t-il aidée ? Je.. J'aurais préféré ne jamais vous croiser dans ce camp, vous savez. » Au risque de blesser la jeune femme, Christian parlait en toute honnêteté. Si on lui avait donné la possibilité de choisir entre ravoir de l'espoir grâce à elle et lui éviter de travailler dans ce camp, il n'aurait pas hésité une seconde, quitte à dépérir dans les tranchées sans ce bracelet inestimable. Christian avait perdu son sourire et c'est sans doute ce que remarqua la jolie gouvernante en relevant son regard sur son visage. Son pouce vint effleurer la joue du jeune homme et une lueur éclaira les yeux de ce dernier. Etait-il le seul à souffrir, à être mal à l'aise ? Il se sentait proche d'elle. Attiré par elle. Mais il y avait cette barrière à ne pas franchir, sa raison qui l'empêchait toujours de se laisser aller avec elle comme elle pouvait le faire avec plus de facilité. Comme demandé, il leva les bras afin de lui laisser l'espace pour faire le tour de son torse avec la bande blanche. Moment qu'elle choisit pour lui proposer d'ôter ce bracelet qui, certainement, lui avait causé des torts. « Ai-je une raison de l'enlever, soudainement ? Je ne l'ai pas fait en dix ans alors donnez-moi une bonne raison et peut-être que j'y songerai... » S'il était embarrassé avec ses gestes, il pouvait néanmoins utiliser sa langue pour lui répondre. Tsiporah continua d'enrouler le tissu autour de lui et lui donna les quelques consignes pour favoriser le bon rétablissement de cette blessure, ce qu'il écouta attentivement, même s'il était captivé par ses yeux. « Compris. Je vous appellerai pour vous en donner des nouvelles. » Il sourit, un peu plus vivement que les fois précédentes, sans la quitter du regard. Pendant l'espace d'un instant, il croisa son regard intimidé, avant qu'elle ne le rabaisse, sans doute gênée par la manière qu'il avait de la regarder. Mais c'était plus fort que lui. De pire en pire. Et finalement, Christian relâcha tout en lui, laissant même son coeur s'emballer librement. Sa main se releva jusqu'à attraper le visage de la jeune femme et caresser tendrement sa joue, appréciant silencieusement la douceur de celle-ci. Forcée, elle dut relever son visage vers lui et même s'arrêter de bander son torse. Pouvait-il accepter de partir de cette pièce avec l'idée de ne plus jamais la revoir ? Pouvait-il tolérer l'idée même qu'elle le chamboule autant, sans rien faire pour y remédier ? « Je dois vous dire quelque chose, Tsiporah. Si vous m'avez trouvé distant au parc, c'est sans doute parce que je suis un homme bien élevé mais aussi et surtout parce que ma fille était là. C'est indéniable, vous avez réveillé quelque chose en moi que je pensais éteint, et pour être complètement honnête avec vous, j'aime autant ça que je le déteste... Je n'ai pas le droit de ressentir tout ça. Quand bien même ça peut être agréable, je... Je ne peux pas. Et j'en suis navré. » Ses traits de visage se durcissait au fur et à mesure qu'il parlait. Tout en lui parlait, tout. Son pouce termina son chemin sur la pommette de la jeune femme et toute sa main se retira tandis que son sourire avait disparu depuis longtemps déjà. La mâchoire serrée, il attendit qu'elle termine son bandage pour renfiler sa chemise, la boutonner à la va-vite, et se relever face à elle. « Merci. Je sais que j'ai bien fait de venir vous voir. » Un bref haussement de coin de lèvres et déjà il se retournait le coeur souffrant, en direction de la porte. Christian avait décidément mal chaque fois qu'il la regardait. Chaque fois qu'il croisait son regard avec le sien. Sa raison lui demandait de partir quand son coeur lui le poussait à se rapprocher d'elle, à lui faire comprendre qu'il ressentait des choses interdites pour elle. Interdites et à la fois si pures, si belles. Christian Walden savait enfin ce que c'était que d'être torturé entre deux feux.
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MessageSujet: Re: JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart   Ven 27 Sep - 15:41



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Malgré ces aveux, les mots de Judith ne pouvaient clairement exprimer le fond de sa pensée. Son esprit s’embrouillait dans un chaos psychique. Le passé et le présent s’emmêlaient, créaient ce nœud au milieu de sa gorge. Alors qu’il y a un instant seulement, les deux adultes s’étaient laissé aller aux joies de l’insouciance et du jeu, soudain tout était redevenu sérieux avec ce soupçon de drame qu’elle n’appréciait pas du tout. Elle était venue en Amérique pour se créer une autre existence, pouvoir avancer sans ce souvenir de la guerre, de ses déceptions affectives. D’abord le départ de Christian du camp de réfugiés, la disparition de son père dans d’étranges circonstances, sa fuite inopinée de France. Elle avait espéré pouvoir ranger ça dans un tiroir fermé à double tour en attendant d’avoir les épaules assez solides pour le rouvrir à nouveau. Mais aujourd’hui, l’anglais lui prouvait bien que fuir ne servait à rien, que tôt ou tard tout la rattraperait. Et il trouvait tellement le moyen de l’atteindre, chacune des paroles qui sortaient de sa bouche exquise trouvait droit leur chemin jusque dans le cœur refroidi de la jeune femme. S’était-elle tant ouverte à lui lors de ces jours trop longs, ces nuits trop courtes ? Comment un inconnu pouvait-il lire en elle comme s’ils s’étaient connus depuis toujours ? C’était une marque de faiblesse pour Judith qui croyait s’être dupée elle-même. Etait-elle finalement encore la jeune infirmière qu’il avait connu malgré cette décennie ? « Nous étions tous trop jeunes. » Elle n’aimait pas qu’on s’apitoie sur son sort tandis que des milliers de fils, de pères et de frères avaient risqué leur vie pour protéger leur famille de l’Allemagne terroriste. Ca n’était que service rendu et si y songer de nouveau réveillait des cicatrices mentales peu reluisantes, elle choisissait d’être fière du devoir rendue à sa patrie. C’est pourquoi son visage n’exprimait pas la tristesse qui l’habitait pourtant mais plutôt une détermination neutre, un orgueil à l’idée que ces anciens patients ne coulent à présent des jours paisibles et soulagés. Lorsque Christian affirma qu’il n’avait été qu’une victime de plus, elle réprima à grande peine un rictus d’ironie. Qu’il avait tellement faux sur toute la ligne… Mais ça c’était quelque chose qu’elle se refusait à lui dire puisque ce n’était que raviver des braises qu’elle souhaitait éteintes aujourd’hui. Même si son désir de ne jamais l’avoir croisée à ce camp piqua au vif ces cendres d’une attraction pas si lointaine que ça. « Nous ne serions jamais connus alors. » Cette hypothèse était-elle plus rassurante ? Judith en était peu convaincue bien que la situation n’en aurait été que simplifiée. Ils étaient si différents, leur propre monde était à des années lumières l’un de l’autre. Un riche anglais à la destinée irréprochable et à la carrière parfaite, une française modeste qui rêvait davantage à de l’aventure plus qu’elle n’en vivait, tout ça ressemblait au scénario impossible des romans qui émouvaient les cœurs guimauves des lectrices en mal d’imagination. Au fond d’elle-même, l’infirmière priait pour que cette intrigue jamais ne prenne vie, quand bien même sa passion s’en trouvait contredite.

La seule folie qu’elle s’était autorisée fut ce bref effleurement de sa joue. L’image de l’homme à qui elle faisait face était si paradoxale à l’image qu’elle avait décidé de garder de lui. Elle avait encore du mal à s’en remettre et jamais elle ne s’habituerait à cet homme propre sur lui alors qu’elle avait découvert la noirceur lors de leurs premières minutes ensemble. Si Christian refusait d’ôter son bracelet sans une raison légitime, Judith ne chercha pas pour autant à lui en procurer une. Elle se contenta de rompre son geste qu’elle savait inapproprié. N’était-ce pas des attentions qu’on partageait avec un être plus intime ? C’était bien ça le dilemme : était-il à la fois celui dont elle ignorait tout et dont elle croyait connaitre le fond de l’âme ? Balivernes distrayantes qu’elle décida de balayer en poursuivant ses soins. Il ne manquait plus qu’à bander sa brûlure pour qu’elle ne subisse pas les frottements avec sa chemise aussi soyeuse et chère soit-elle. Néanmoins, elle sentit son visage soulever par la force de sa main puissante. Elle fut obligée d’affronter son regard transperçant, de n’être plus que soumise à tout ce qu’il allait dire. Un faible soupir s’échappa de sa poitrine tandis qu’elle fondait dans le bleu de ses yeux. Elle se répétait combien tout cela était stupide, qu’elle devait atterrir, ne plus se croire dans cette réalité alternative qu’elle se plaisait à imaginer. Mais elle eut envie de lui sourire. « Je ne souhaitais pas embarrasser votre petite fille. » Elle appréciait trop Liz pour lui faire du mal même involontairement. Et elle savait que voir son père proche d’une autre femme que sa mère était tout à fait à même de la blesser, voir même de la mettre en colère. Elle n’était pas menacée, Judith n’était pas une menace. Elle ne lui répondit pas qu’il en était de même pour elle. « Je comprends parfaitement Christian, rassurez-vous. » Non elle ne comprenait pas, du moins sa raison refusait de comprendre. Elle ravala son amertume, sa jalousie au fur et à mesure que sa main quittait son visage. Elle acheva son travail consciencieusement, et à peine noua-t-elle le bandage pour qu’il tienne que son invité sauta du lit d’infirmerie pour se rhabiller. Elle n’émit aucune résistance, préféra réunir les instruments sales qu’elle allait devoir nettoyer à son départ. Quand il la remercia, elle leva un regard professionnel vers lui. « Je n’ai fait que mon travail. Vous savez ce qu’il vous reste à faire. » Déclara-t-elle sur un ton trop neutre pour ne pas sonner faux. Elle l’observa se diriger vers la porte. Il allait partir une nouvelle fois sans se retourner. Allaient-ils se revoir ? Etait-ce seulement stupide de vouloir se revoir ? Mais pour une fois, Judith n’eut pas envie d’être intelligente. Elle esquissa un pas rapide vers lui comme pour le retenir puis lui demanda d’une voix hâtive. « Puis-je espérer vous revoir en dehors de cette infirmerie ? » En tant que simple amis. Bien que ce fut évident, ses mots brûlaient trop sa langue pour qu’elle ne daigne les prononcer. « Après tout, je vous ai sauvé d’une poêle attaqueuse d’hommes. » Si elle devait se contenter de rencontres et d’échange formels, elle était prête à combattre cette déception rien que pour satisfaire son propre plaisir de poser les yeux sur cette homme charmant et interdit.
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JUDITH & CHRISTIAN ▲ open your heart

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